jeudi 30 avril 2015

LA MÉNAGERIE DE PAPIER de Ken Liu




Les éditions du Bélial'
425 pages
23 euros

4ème de couv :


« Elle plaque la feuille sur la table, face vierge exposée, et la plie. Intrigué, j’arrête de pleurer pour l’observer. Ma mère retourne le papier et le plie de nouveau, avant de le border, de le plisser, de le rouler et de le tordre jusqu’à ce qu’il disparaisse entre ses mains en coupe. Puis elle porte ce petit paquet à sa bouche et y souffle comme dans un ballon.

“Kan, dit-elle. Laohu.” Elle pose les mains sur la table, puis elle les écarte.

Un tigre se dresse là, gros comme deux poings réunis. Son pelage arbore le motif du papier, sucres d’orge rouges et sapins de Noël sur fond blanc.

J’effleure ce qu’a créé Maman. Sa queue bat et il se jette, joueur, sur mon doigt… »




L'avis de Dup :

J'ai craqué pour ce livre pour deux raisons. Avant tout pour la somptueuse couverture. Une fois le livre en main, j'ai compris pourquoi : elle est signée Aurélien Police. Il a de l'or dans les mains cet homme là ! Et puis bien sûr le pitch que vous pouvez lire ci-dessus. Quelle magie originale, je savourais d'avance ma lecture... Et là, je dois avouer une contrariété : ce livre n'est pas un roman mais un recueil de nouvelles, un genre littéraire dans lequel je ne suis pas à l'aise... Si j'avais un peu plus éplucher le dossier de presse au lieu de foncer bille en tête, j'aurai eu la bonne info.

Cependant malgré la déception j'ai aimé l'univers de Ken Liu, et ce malgré une majorité de nouvelles clairement SF. Ma préférée reste de loin La ménagerie de papier qui elle serait à classer en Fantastique. Pour cette idée d'insuffler de la vie dans des figurines en origami. Cette nouvelle est un délice amer, très amer, à lire absolument. Je ne vais pas vous faire une énumération des 19 nouvelles de ce recueil, ce serait plus que rébarbatif. 

Leurs tailles sont très variables, cela va de 3 pages pour la plus courte (Nova Verba, Mundus Novus, vraiment excellente, beau clin d'oeil à Terry Pratchett), à 35 pages pour la plus charnue. Et c'est bien là que le bât blesse pour moi, ce genre littéraire me frustre terriblement. On découvre un univers, des personnages et déjà il faut les quitter, définitivement. Puis certaines, comme beaucoup de nouvelles, se finissent abruptement, sans prévenir, sans chute. Ces dernières me tourmentent, j'ai toujours l'impression d'être passée à côté de quelque chose, de n'avoir rien compris de ce que voulait me dire l'auteur. Bref...

Comme je le disais précédemment, une bonne partie de ces nouvelles sont de SF. De celles avec des vaisseaux spatiaux qui partent à la conquête de nouvelles planètes. Les thèmes de la colonisation, de la guerre pour de fausses bonnes idées, le respect de la différence, etc... Ce qui est sympa c'est que de l'une à l'autre on retrouve une constante, un peu comme un clin d'oeil, il est toujours question du système solaire 61 Virginis situé à 27,8 années-lumière de la Terre. 

Je tenais également à saluer l'humour de l'auteur. Toutes ses nouvelles n'en sont pas pourvues, mais lorsqu'il est présent, l'humour est délicieux. J'ai un gros faible pour Le Golem au GSM. Où c'est Dieu qui s'adresse à une petite chinoise, car il a besoin d'un coup de main. Les dialogues sont hilarants et cyniques, la religion juive en particulier en prend pour son grade, mais ceci peut très bien s'étendre à toute religion monothéiste ceci dit !

D'une manière générale, les idées développées par Ken Liu sont passionnantes. Il pousse par exemple à l'extrême l'impact des réseaux sociaux sur l'homme avec Faits pour être ensemble. C'est bien vu et cela fait rire... jaune. Ou alors il invente un monde où l'homme a créé une machine capable de lire et révéler un moment clé de votre vie future, LE moment qui influencera toute votre vie. Ainsi Penn s'est "incarcéré" tout seul à l'âge de 17 ans lorsque l'Oracle lui a annoncé qu'il allait tuer. Penn est donc un pré-criminel :). Cela fait 20 ans, il n'a toujours pas tué... À lire, elle s'appelle L'Oracle.  Ken Liu développe également l'idée de l'Intelligence Artificielle, du langage universel, bref il touche à tout et c'est passionnant.

Si je n'ai pas aimé toutes les nouvelles, je ne regrette absolument pas ma lecture qui m'a permis de découvrir une plume superbe et surtout un imaginaire débordant. D'autant que voilà ce qu'il dit pour débuter l'avant-propos de ce recueil : " J'ai commencé ma carrière comme nouvelliste, mais je n'écris plus beaucoup de textes courts ces temps-ci. Même s'il s'agit là d'un format que j'apprécie toujours, je consacre l'essentiel de mes efforts au roman."
J'attends donc, patiemment, que ses romans soient traduits en français.

mercredi 29 avril 2015

Les résultats du concours La fille de Belle






Un grand merci encore une fois aux éditions La Martinière J. pour ce concours.

Les gagnants tirés au sort sont:


Art Ment Dine Trallaw

isaure63

Eze3kiel (pseudo facebook : So Manybooks)



Félicitations et bonne lecture à vous !
N'hésitez pas à venir nous dire ce que vous en avez pensé ;)


mardi 28 avril 2015

BLACKBIRD de Anna Carey




Editions Bayard Jeunesse
283 pages
15.90 euros
Trad: Eric Moreau
parution le 2 avril 2015




Imaginez... Vous vous réveillez allongé(e) sur les rails du métro de Los Angeles ; une rame fonce vers vous. Vous y échappez in extremis et, reprenant vos esprits, vous vous rendez compte que vous n’avez aucun souvenir : vous ne savez pas ce que vous faites là, ni même qui vous êtes. Vos seuls indices : les vêtements que vous portez et qui ne vous semblent pas être les vôtres, une cicatrice dans votre cou, un tatouage sur votre bras représentant un oiseau et une succession de chiffres et de lettres, et votre sac à dos, contenant quelques vivres et habits de rechange, une bombe lacrymogène, un couteau et un carnet. Dans le carnet est écrit un petit mot : on vous conseille d’appeler un certain numéro et de ne prévenir personne, surtout pas la police. Au bout du fil, un homme vous donne l’adresse d’un immeuble de bureaux et vous demande de l’y rejoindre. Vous lui obéissez et, trouvant la porte close, vous y entrez par effraction. Où avez-vous appris à forcer une serrure ? Quel genre de passé votre mémoire défaillante vous cache-t-elle ? Bientôt, vous apprenez aux infos que la vidéosurveillance de l’immeuble de bureaux a filmé votre visage : la police vous recherche pour cambriolage. Une femme se met à vous pourchasser. Qui est-elle ? Elle sort un révolver et, avec un sourire ravi, le braque sur vous...
Votre nom de code est Blackbird, et vous allez devoir sauver votre peau.



L'avis de Phooka:


Autant vous le dire tout de suite (et si Mr ou Mme Bayard Jeunesse me lit, prenez note ;)), le teasing qu'il y a eu sur ce titre m'a copieusement agacée. Un mail, ça va, mais plus, bonjour les dégâts! Et puis ce qui m'énervait aussi c'est que dans les mails "on" me tutoyait alors qu'on n'a pas gardé les bibliothèques ensemble!

Puis j'ai reçu le livre, et je l'ai trouvé beau. Sa couverture noire, sa tranche rouge, la police de caractère, tout m'a plu et comme je cherchais une lecture légère après L'obsession, il tombait pile poil.

Lu en deux soirées, voilà un bon résumé !

Déjà en lisant le livre, j'ai enfin compris le pourquoi du tutoiement des mails de teasing. La livre est présenté à la deuxième personne du singulier. ça donne un effet étrange, comme si l'auteur s'adressait "à toi" directement. Comme s'il te racontait une histoire, ton histoire.

Et cette histoire elle n'est pas banale. Une jeune fille dont on ne connaît même pas le nom, puisqu'elle est amnésique, se réveille sur les rails du métro. Elle ne sait rien, ni à quoi elle ressemble, ni son nom, rien de rien. La seule chose qu'elle réalise c'est qu'elle doit fuir. Et pendant tout le roman, elle va fuir. Fuir la police, fuir ses poursuivants, fuir ce présent dans lequel elle se sent étrangère, mais fuir aussi son passé qui ne semble pas très rose. Des flasbacks lui montrent quelques images, des souvenirs qu'elle ne comprend pas mais qui suffisent à lui prouver qu'elle n'est pas une fille ordinaire. Délinquante ? Paumée ? Elle ne sait pas. Ce qu'elle sait c'est qu'elle est capable de se battre ou de forcer une serrure, et ce n'est pas "bon" signe.

Ce récit va vraiment très vite, le lecteur est happé dès les premières pages. Chapitres courts, action, suspense, tout concoure à vous faire tourner les pages. C'est sacrément bien ficelé. On s'attache au personnage principal, comme elle, on se demande qui elle est, ce qui lui est arrivé. Si son destin nous interpelle, on se demande aussi qui elle était "avant" et si on l'aimerait autant si on savait. Ce qui est sûr c'est que ce qui lui arrive n'est pas banal et elle, comme nous, allons aller de surprises en surprises et croyez-moi elles ne sont pas bonnes !


Blackbird n'est peut-être pas le livre du siècle mais il est sacrément efficace. Il est difficile à reposer quand on l'a commencé et quand on le finit enfin, quasiment en apnée on se sent frustré de ne pas avoir la suite sous la main ! Un livre qui conviendra aux ados et pré-ados, mais aussi aux plus grands. Un moment de pure détente, bien agréable !









lundi 27 avril 2015

L’HÉRITAGE DES ROIS-PASSEURS de Manon Fargetton




Éditions Bragelonne
376 pages
20 euros


4ème de couv :


Ombre, univers peuplé de magie, et Rive, le monde tel qu’on le connaît, sont les deux reflets déformés d’une même réalité. 
Énora est unique : elle peut traverser d’un monde à l’autre. Lorsque sa famille est brutalement décimée par des assassins masqués, elle se réfugie au seul endroit où ses poursuivants ne peuvent l’atteindre. Au royaume d’Ombre, sur la terre de ses ancêtres. Là-bas, Ravenn, une princesse rebelle, fait son retour après neuf ans d’exil passés à chasser les dragons du grand sud. Sa mère, la reine, est mourante. Ravenn veut s’emparer de ce qui lui revient de droit : le trône d’Ombre. Et elle n’est pas la bienvenue. 
Deux mondes imbriqués. Deux femmes fortes, éprouvées par la vie. Deux destins liés qui bouleverseront la tortueuse histoire du royaume d’Ombre…


**********************************************************


FRAGMENT

CHRONIQUES DE BOOKENSTOCK



5e année de l'Alliance des Vénérables




Autant l'annoncer de suite : gros, gros coup de coeur.


Sixième roman que je lis de Manon Fargetton, sixième coup de coeur ! Cette "writer" ;) développe un don certain pour créer des personnages forts qui emplissent pleinement notre tête et notre coeur. Et à chaque fois, ce n'est pas un ou deux personnages principaux qui nous accaparent, mais toute une équipe. À l'image des cinq ados de ses thrillers jeunesse, Ravenn, Enora, Julian et Charly ne sont pas prêts de quitter ma mémoire. Mais je devrais citer aussi Lïam, Jana, Ojaedd, Hank... Oui, je les ai aimés, j'ai vibré, j'ai eu peur pour eux, j'ai espéré avec eux et j'ai eu les yeux tout embués à la perte d'un d'eux et de ses conséquences. Pfff, je me fais l'effet d'une midinette, mais on en reparlera quand vous l'aurez lu !

Ils sont tous différents, chacun avec une particularité ou un caractère fort et marquant. Même quand cette particularité est négative, comme l'addiction de l'un deux à l'alcool, l'auteur arrive à nous le faire aimer. Je suis bien incapable de dire lequel j'ai préféré, non, je les aime tous.

Si les personnages sont un point fort de Manon Fargetton, il est loin d'être le seul. Le monde, non, LES mondes créés sont juste passionnants. Il y a le nôtre, appelé Rive dans le roman, mais je vous laisserai découvrir pourquoi, et à l'image d'un reflet renversé dans un miroir, Ombre. Renversé jusque dans le déroulement des jours : lorsqu'il fait nuit dans l'un, il fait soleil dans l'autre. Et même si le déroulement du temps reste identique pour les deux, chaque monde a évolué différemment : Rive avec sa technologie, Ombre avec sa magie, ses dragons et ses vouivres. Et puis, il y a autre chose de génial inventé par l'auteur : les Noirs-Portraits. Alors ça, c'est une idée de génie cette histoire...mais non, je ne vous dirai rien !

Enora fuit les assassins de sa famille et de ses amis et disparaît grâce à son pouvoir, accompagnée de Julian et son frère Charly. Ils atterrissent au royaume d'Ombre au moment du retour de la princesse Ravenn à Astria, capitale du royaume. Sa mère est mourante, elle vient revendiquer son trône, et comme le dit si bien le résumé ci-dessus, elle n'est pas la bienvenue. Ce passage soudain, cette brèche créée entre les deux mondes au moment où des changements houleux se profilent en Ombre prouve que les éléments sont liés. Comme si un Dieu orchestrait tout cela... Les circonstances s'enchaînent et confirment que le destin de ces deux femmes fortes, Ravenn et Enora, s'imbrique même si elles ne poursuivent pas le même but. Enora cherche la vengeance, Ravenn le pouvoir. Mais ce dernier, en l'état est partagé entre trois factions qui s'y accrochent : le roi qui a toujours manipulé sa femme, le Clos des Magiciens et les clergés du royaume : Aa Dieu de la nuit et Izil Déesse du jour. L'ennemi se présente donc sous la forme d'une hydre tentaculaire et les alliés peu nombreux.

Manipulations, espionnages, règlements de comptes à coups d'épées, de dagues ou à coups de sorts, Manon Fargetton déroule son histoire sans que jamais on ne s’ennuie. J'ai adoré cette forme de magie développée et basée sur l'exploitation des ombres, cela m'a fait penser à Abyme de Mathieu Gaborit. Ce récit est entrecoupé de "Fragments", tels des parchemins, qui retracent des passages de l'Histoire d'Ombre et nous éclairent sur les événements. L'écriture de Manon est toujours aussi fluide, agréable et poétique :
Elles se turent. En se jetant l'une sur l'autre telles deux vagues contraires, leurs colères respectives s'étaient violemment consumées avant de retomber. N'en restait qu'une écume désordonnée dans laquelle elles continuaient de se débattre. 
Ecouter braire* l'ombrois est savoureux, un parler made in Manon que je ne peux que vous conseiller de découvrir, un vrai délice ! Je précise que ce roman est un one-shot, l'histoire est belle et bien finie à la fin et c'est un vrai crève-coeur que d'abandonner tout ce monde là. Cependant comme je sais que l'auteur est en train d'écrire un second roman dans ce même univers, je suis rassurée et déjà impatiente.

Extrait des chroniques de Bookenstock,
par Dup, encrée du royaume.




* les explications de ce terme se trouvent dans l'ITV 5 du mois de Manon.

dimanche 26 avril 2015

MARTYRS Livre I sort en poche !



En librairie dès le 13 mai



Les avis des Vénérables : 

celui de la plus vénérable, ben oui, la plus vieille !  ICI
et celui de la jeunette  :))


samedi 25 avril 2015

PANDÉMIA de Franck Thilliez, après la couv, le pitch !






Après vous avoir fait admirer la superbe couv prévue, voici le pitch de ce roman dont la sortie officielle est prévue pour le 4 juin 2015.



Comme tous les matins, Amandine quitte sa prison de verre stérile pour les locaux de l'Institut Pasteur. Sa mission du jour : se rendre à la réserve ornithologique du Marquenterre, en baie de Somme, pour y procéder à des prélèvements sur trois cadavres de cygnes.
Le même matin, les corps d'un homme et de son chien sont retrouvés dans les feuilles mortes de la forêt de Meudon. Mais la scène semble improbable, et d'autres ossements sont bientôt repêchés dans les eaux de l'étang voisin.
Pendant ce temps, les cas de grippe se multiplient dans toute la région. Un virus à la souche non identifiée, coriaceC au point d'en être mortel, et capable de faucher les hommes les plus robustes, comme certains increvables du 36, quai des Orfèvres.
Pour cette nouvelle affaire qui va les mener jusqu'en Pologne, sous l'eau mais aussi dans les airs, Sharko et Lucie vont devoir affronter le plus monumental des enjeux : la préservation de l'espèce humaine.



vendredi 24 avril 2015

LE MONDE CACHÉ D'AXTON HOUSE d'Edgar Cantero







Editions Super 8
580 pages
19 euros




Entrez de votre plein gré…

Agé d’une vingtaine d’années, A. vient d’hériter d’Axton House, un mystérieux domaine niché dans les bois de Point Bless, Virginie. Etrange affaire, en vérité. A. ignorait avoir un cousin éloigné nommé Ambrose Wells, et savait encore moins que le pauvre homme s’était récemment défenestré le jour de son 50e anniversaire – trente ans jour pour jour après son père, et de la même façon que lui.

Accompagné de Niamh, jeune Irlandaise mutique de 17 ans présentée comme sa garde du corps, A. va de surprise en surprise. Quel sens donner à ces suicides ? Qu’est-il advenu du majordome qui s’est enfui le jour de la mort de son maître ? Sans compter ce labyrinthe dans le jardin, ou ces pièces secrètes sur lesquelles n’ouvre aucune porte. Tous deux grands fans de X-Files, Niamh et A. vont tenter de résoudre les énigmes auxquelles ils sont confrontés. Axton House est-elle réellementhantée ? Et que penser de cette rumeur qui voudrait qu’à chaque solstice d’hiver, sous le pâle halo lunaire, un mystérieux rassemblement s’y produise ?

Composé de notes, de rapports, de lettres, de journaux et d’enregistrements divers, le roman d’Edgar Cantero invente le gothique du XXIe siècle : soit une enquête surnaturelle à nulle autre pareille – une atmosphère à la Carlos Ruiz Zafon, une Maison des feuilles parfaitement accessible – se refermant sur le lecteur tel un piège jusqu’au retournement final.


L'avis de Phooka:





Voilà un roman tellement étrange que je suis bien en peine de vous en parler. Alors avant de raconter quoique ce soit, je vous mets une série de photos. Des photos rapides au fil des pages, pour que vous voyiez déjà à quel point cette publication n'est pas comme les autres. Attention, hein, je n'ai photographié que les pages "étranges", il y a aussi des pages de texte classiques ! Et non, ce livre n'est pas juste un livre d'énigmes, c'est un roman à part entière. Un thriller teinté de fantastique comme seules les éditions Super 8 savent dénicher. Bref, encore un OLNI .... et un régal.














A. est un jeune homme qui vient d'héritier de cette maison d'Axton House de la part d'un lointain cousin d'Amérique. Le voilà devenu millionnaire et propriétaire comme dans les plus folles histoires. A. ignorait totalement l'existence de ce cousin, Ambrose Wells, qui semblait vivre reclus dans cette maison, tout comme l'avait fait son père avant lui. Et tout comme son père il s'est suicidé de la fenêtre du deuxième étage ...

A. est accompagné de Niamh, une jeune femme muette d'une quinzaine d'années, supposée être son garde du corps.

Mais la maison d'Axton House a bien des secrets, qu'elle ne va pas révéler si facilement. Le majordome a mystérieusement disparu donc il ne reste aucun témoin de la vie dans ce lieu. A. et Niamh vont devoir fouiner, résoudre des énigmes, re-fouiner, pour comprendre petit à petit tout ce qui se trame.

A. est un jeune homme pétillant et plein de répartie, les dialogues avec les gens qu'il rencontre sont un vrai délice. Mais Niahm, malgré son handicap, ne manque pas de ressources non plus. On peut apercevoir l'un de ses dialogues sur une des photos. Elle a en permanence un petit carnet ou elle note ses remarques et questions. Et bien qu'elle soit muette, elle n'a pas la langue dans sa poche!

Le livre se lit à toute allure. On saute d'une partie de récit, à un dialogue de Niamh ou à une retranscription de bande vidéo. Les documents et autres énigmes sont aussi présents et le lecteur se prend à se tordre les méninges pour résoudre les mystères, tout en continuant sa lecture. Ces documents cassent le rythme, qui devient alors réellement effréné !

Et puis, il y a l'humour! Pétillant, plein de finesse, dans les dialogues et les situations. Le coup de la piscine est juste ÉNORME, mais je n'en dirai pas plus pour ne pas vous spoiler !

Parmi les documents qui jalonnent le roman, il y a toutes les lettres que A. écrit à sa tante Liza, pour raconter par le menu tout se qui se passe dans la maison. Et je ne résiste pas, à vous donner ici, un extrait de lettre qui expose l'achat d'un chien faisant suite à un cambriolage.



Chère tante Liza,


Et voilà, nous sommes trois. Permettez-moi de vous présenter le nouveau membre de la famille. Nous l'avons appelé Au Secours, afin d'être sûrs qu'il nous assistera en cas de péril. Niamh est décidée à en faire d'ici quelques semaines, notre garde du corps personnel. En attendant, je ne suis même pas sûr qu'il donne l'alerte en cas de (nouveau) cambriolage (détails à venir). Il n'a pas jappé une seule fois depuis qu'il a rencontré Niamh, alors que c'était le plus bruyant de la meute à la fourrière



(pour rappel Niamh est muette ..).


Appeler le chien Au Secours, j'étais pliée de rire (oui je sais il ne me faut pas grand chose), mais qu'en plus le chien soit devenu muet suite à sa rencontre avec Niamh ...

Bref, j'adore !!

Je me suis régalée avec ce roman, de bout en bout. Si j'ai un reproche à faire, c'est que je crois que je n'ai toujours pas compris pourquoi Ambrose Wells s'est suicidé, il aurait pu l'éviter, il me semble. Mais franchement je m'en fiche.

Attention, n'imaginez pas que l'intrigue soit simple, c'est tout le contraire. Elle est complexe et tortueuse, la scène finale tient du grand-guignolesque avec tout le sang nécessaire. Bref, un vrai thriller, mais à la sauce fantastique. Le tout épicé d'un humour subtil toujours présent et d'une grosse louche d’originalité.

En résumé, un coup de coeur !

jeudi 23 avril 2015

Cinquième volet de l'ITV de Manon Fargetton !



Pour lire, ou relire l'ITV fleuve de Manon voici les liens :






Bonjour, tous !


Première révélation d'importance : je n'aime pas les interviews.

(oui, je me suis dit que j'allais balancer cette information politiquement incorrecte d'entrée de jeu, comme ça c'est fait...)

Mon problème n'est pas l'idée de l'interview – je trouve ça chouette de pouvoir parler de mon travail et échanger avec mes lecteurs. C'est juste que ça prend un temps fou. Enfin, pour moi, parce que je n'aime pas répondre à moitié, ni répondre trois fois la même chose quand on me pose trois fois la même question dans des interviews différentes. J'aime bien creuser un peu, quoi.


Sauf que vous n'avez pas vue la tronche de mon planning (et vous ne la verrez pas, c'est personnel une tronche de planning, namého!). En plus de l'écriture, j'ai un autre métier : la régie lumière au théâtre ; je tente en parallèle de me remettre à la musique que j'ai délaissé ces dernières années ; et j'essaye aussi, parfois, un peu, d'avoir une vie personnelle. Par conséquent, lorsque je suis en train de répondre à une interview, surgit toujours dans ma tête une petite voix perfide qui me lance, au choix :


- Tu ne ferais pas mieux d'avancer sur ton bouquin en chantier, là ? T'as déjà du mal à trouver assez de temps pour écrire, qu'est-ce que tu fous à te demander si oui ou non Dune est ton roman préféré ever ? (ce à quoi je rétorque un timide : mais c'est important... et puis on attend ma réponse..., réflexion aussitôt mouché d'un « plus important que ton bouquin ? » devant lequel je m'incline sans plus de discussions.)


- Dis, tu ne devrais pas plutôt appeler le théâtre dans lequel ton spectacle joue la semaine prochaine pour vérifier qu'ils ont bien loué tout le matériel dont tu as besoin ?


- Tu ne crois pas que ton violoncelle en a marre de rester dans sa boîte ? Moi, à sa place, j'en aurais marre. Et puis tu vas encore devoir refaire toute la corne au bout de tes doigts...

- Tu ne ferais pas mieux de profiter de l'heure que tu as devant toi pour aller changer les ampoules chez ta mère comme elle te l'a demandé il y a trois semaines ?

- Et tes nièces, tu ne les as pas vu depuis combien de temps, tes nièces. Ouais. Bien ce que je pensais. Tata indigne.


Bref.
Vous voyez l'idée.



C'est pourquoi quand Dup et Phooka m'ont proposé d'être l'invitée du « mois de »... j'ai accepté avec enthousiasme !



Pas logique ?

Mais si ! J'ai fait un calcul savant (oui, on peut écrire des romans ET avoir fait un bac S!) qui a aussitôt relégué la petite voix perfide aux oubliettes de mon cerveau : si je prends le temps de répondre à toutes les questions imaginables durant un mois entier, je suis tranquille pour au moins un an ! Ben oui, quand on me demandera une interview dans ce laps de temps, je pourrais renvoyer mon interlocuteur vers ce blog avec un sacré défi : « trouvez-moi une seule question, en lien avec mes romans ou l'écriture (faut quand même pas déconner), que l'on ne m'a pas posée ici, et alors okay, j'accepte de vous répondre ».

Et j'espère bien que l'interlocuteur pré-cité n'en trouvera aucune.

Parce que c'est votre mission, qu'il n'en trouve aucune.

Je compte sur vous.

Et ça commence maintenant !




Heu...

Oui, alors en fait, ça ne va pas commencer maintenant-maintenant, rapport à la tronche du planning dont je vous parlais plus haut ; parce que là, tout de suite, je suis quelque part dans le Limousin pour assurer la régie lumière d'un super spectacle, et on est logée à un endroit où il n'y a pas de connexion internet. Voilà voilà. Du coup, ben, rendez-vous à mon retour, le 4 avril !


****************************************


Merci Manon pour toutes ces réponses ♥  On en apprend des choses, un régal :) Mais attention ce n'est pas fini donc aujourd'hui nouvelle question:

Aux vues de nombreuses photos que tu as partagé sur FB, on peut voir que tu as des affinités avec certains auteurs, as-tu déjà envisagé d’écrire un roman à quatre mains? Ou ne serais-ce qu’une nouvelle, genre comme un petit exercice juste pour voir ce que vos idées combinées pourraient déclencher?


Manon :


En fait, Elodie, j'ai beaucoup de mal avec l'idée d'une écriture à plusieurs. J'ai besoin de la solitude, la vraie, celle qui, parce qu'on se retrouve face à soi-même, permet d'admettre ce qui bouillonne en dedans, le beau comme le laid, pour le sublimer dans une histoire. Ce face à face m'est nécessaire. Il est essentiel, je crois, pour que le texte qui en émane soit juste. Si je me retrouvais face à quelqu'un au lieu de moi-même, je porterais forcément un masque, comme on en porte tous dans la vie sociale. Je vais mentir - du moins par omission - me mentir pour ne pas que l'autre distingue ce qui, dans les méandres de mon être, n'appartient qu'à moi et que je ne souhaite pas partager. Ce noyau, qui est la source de tous mes écrits. D'autres en sont manifestement capables. Moi, j'en doute. Ou alors il faudrait que ce soit avec quelqu'un qui me connaisse si intimement qu'il/elle a déjà entrevu ce noyau... ce qui limite trèèèèèès fortement les possibilités !

C'est drôle, je lisais hier soir "Ecrire" de Marguerite Duras, et elle a cette phrase, un peu trop définitive à mon goût mais qui est le reflet de sa propre conviction, et qui a trouvé un fort écho en moi : "Personne n'a jamais écrit à deux voix. On a pu chanter à deux voix, faire de la musique aussi, et du tennis, mais écrire, non. Jamais."Vous me direz, c'est faux, des livres ONT été écrits à deux voix. Mais je crois que ce qu'elle entendait par là, avec son absolue solitude d'écrivain, c'était la conviction qu'une deuxième voix brouillerait la première, et que donc, ce ne serait pas de "l'écriture" au sens où elle l'entend, c'est à dire empreint d'une pure intimité avec soi-même.

Et puis, de manière plus concrète, quand je veux travailler à plusieurs, je fais de la musique - qui s'y prête infiniment mieux ! - ou de la lumière avec une compagnie de théâtre. L'écriture, c'est à moi, juste à moi. Et ces deux pans de ma vie me sont aussi essentiels l'un que l'autre, ils s'équilibrent... alors il n'est pas question de les mélanger en ramenant d'autres personnes dans mon écriture ou en faisant du théâtre toute seule, ça ne m'intéresse pas. Sans mentionner le fait que, vraiment, je ne manque pas d'idées, je n'ai pas besoin que d'autres m'en donnent ! :p



Bonjour :-)
J'ai commencé hier et fini ce matin Le suivant sur la liste ! J'ai beaucoup apprécié l'intrigue et les personnages sont très attachants. Très bon livre, je me langui de découvrir la suite.

Sinon, j'ai pu remarquer que tu travailles beaucoup, mais parfois il faut prendre des congés. Du coup, tu aimes voyager ? Quelles ont été tes destinations ? Un lieu où tu aimerais visiter ?



Manon :


Bonjour Harmonie !
Prendre des "congés". Haha ! Pour moi, c'est un peu comme "week-end", un mot dont le sens s'est perdu... Pourtant tu as raison, de temps en temps, il faut en prendre, mais pour moi, mes congés sont seulement des congés de théâtre, je ne suis jamais en congé d'écriture. Même lorsque je pars en voyage, mon ordinateur m'accompagne. Alors forcément, j'écris moins que quand je suis chez moi, mais j'écris quand même.
J'ai toujours voyagé. Avec ma famille ou l'école, j'ai pas mal bougé en Europe (Écosse, Espagne, Portugal, Italie, Pays-bas, Suisse, Allemagne...). Mon tout premier souvenir, d'ailleurs est un souvenir de voyage, et nombre de mes souvenirs d'enfance se situent dans l'un de ces pays.
Pour les destinations que, plus tard, j'ai choisi, je suis surtout attirée par les hautes latitudes, proches des pôles. Ce sont les terres et les lumières qui me parlent droit au cœur. Du coup, j'ai été me balader en Islande, en Écosse, en Laponie, et au Québec, mais aussi à l'opposé, en Patagonie. J'ai été au Mexique, aussi, car j'en ai eu l'opportunité, c'est peut-être le voyage qui m'a le moins parlé, même s'il y a eu de beaux moments.
Souvent - le plus souvent possible -, je pars en solitaire, et pour une durée d'au moins trois semaines / un mois. C'est vraiment seule que je préfère voyager. Je ne sais pas si vous en avez déjà fait l'expérience, mais c'est d'une liberté incroyable. Aucun compromis. On peut entièrement écouter ses envies, les variations de ces envies, leurs voltes-faces, qui s'exécutent parfois si rapidement que, lorsqu'on est avec quelqu'un, on les fait taire, parce qu'on a décidé avec le/les autre/s de faire telle ou telle chose et que donc, on la fait. Seule, ça n'arrive pas. Il y a une épure, une évidence. Celle de la voix intérieure. Tu sors de ta tente pour aller quelque part, mais autre chose t'appelle en chemin, et tu ne te poses aucune question, juste, tu y vas. Tu as envie de rester à un endroit, tu y restes. Tu as envie de partir d'un endroit alors qu'en préparant le voyage tu avais projeté d'y passer plusieurs jours, tu en pars. Tu prends un bus. C'est aussi simple que ça. Certaines personnes, certaines femmes surtout, ont peur de voyager seules. J'ai la chance de n'avoir jamais eu cette peur, et d'avoir toujours trouvé sur ma route de belles personnes pour m'aider dans mes galères (il y en a eu !). Et puis j'ai été initiée très tôt par ma mère à la prudence en voyage, donc j'ai les bons réflexes. 
Je projette depuis quelques mois d'acheter un van pour refaire (encore !) l'écosse, explorer la Cornouaille et l'Irlande. Et puis il y a des chances que je retourne me balader une troisième fois en Islande, un de ces jours...


Elodie :

Même quand tu réponds aux questions il y a de la poésie dans tes mots.... C'est dingue ça ! :)Déjà le 5ème volet de l'interview ! Et ce n'est pas encore fini :p
On a tous notre propre façon de définir les choses donc aujourd’hui les définitions selon Manon de: Le métier d’auteur / Le fantasy / Le thriller ?



Manon :

Hello Elodie !

Alors, pour le métier d'auteur, j'ai déjà pas mal répondu. Je vais juste rajouter une précision sémantique, à propos de ce métier. Ni le terme "auteur" ni le terme "écrivain" ne me satisfait vraiment. On peut être auteur de plein de choses - d'un acte, d'une fusillade, d'une vidéo, d'un crime, d'un geste... -, ce n'est pas assez parlant. Et puis on est auteur de quelque chose de terminé, on est auteur "après coup", d'un livre qu'on peut déjà tenir entre ses mains, montrer à d'autres. En salon, en dédicace, en rencontre scolaire, d'accord, je suis auteur. Mais ce terme ne décrit pas du tout ma réalité de chantier d'écriture permanent. Mon quotidien : "écrivain" évoque mieux cette facette, pourtant, je préfère de loin le "writer" anglais, "celui-qui-écrit", "l'écriveur". Parce que c'est ça, ma vision de ce métier. C'est se coller à son ordi et écrire, quoi qu'il arrive.

La fantasy, waou, vaste sujet, j'en connais qui ont pondu des thèses entières pour essayer de donner une définition à ce terme ! Du coup, j'ai bien peur de ne sortir que des platitudes. Mais bon, allons-y. Déjà, le mot anglais fantasy signifie imagination. Partant de là, on peut conclure que TOUTES les œuvres de fictions sont des oeuvres de fantasy ! (muahaha !). Concernant le genre nommé fantasy, il s'agit généralement d'une histoire non basée sur la technologie, qui dessine une réalité différente (coexistant avec la notre ou sans aucun lien) dans laquelle existe souvent une forme de magie, et qui est parfois liée à certains de nos mythes... Voilà, c'est vague et très imparfait, car évidemment, on peut trouver des dizaines de textes de fantasy qui débordent de cette définition ou n'y correspondent pas du tout...

Le thriller, c'est plus simple : une menace surgit dans l'existence d'un ou de plusieurs héros et, jusqu'au bout, on ne sait pas s'ils vont réussir à échapper à cette menace ou si elle va les détruire malgré leurs efforts. Parfois, les héros eux-même créent la menace qui risque de les détruire. 



Ramettes :

Bonjour,
Je suis encore dans la trilogie "June" que j'aime beaucoup. Et j'ai une petite question (la réponse est peut-être dans ce que je n'ai pas encore lu) Tu as pris l'arbre comme point de départ et comme point central. Est-ce parce qu'il est d'une part ancré dans la terre (racines/ passé) et qu'il déploie dans les airs (branches feuillage et avenir) ? où parce que c'est un élément important dans la culture Celtique ? c'est la réflexion des enfants dans Tome 2 de June qui sont étonnés qu'elle ait vu un arbre alors qu'elle n'est pas adulte, puis l'apparition des racines dans la cave de Mahaut... je ne veux pas spoiler... sans parler des feuilles qui chantent dans le tome 1...


 
Manon :

Bonjour Ramettes,
L'image de l'arbre est centrale dans June, oui, de même que l'idée de hauteur - ce que je n'avais pas remarqué au départ, c'est une blogueuse qui m'a fait remarquer que mes personnages étaient toujours perchés ! (heu, au sens premier du terme, hein ! ... quoi que ! ^^). C'est venu naturellement, peut-être juste parce que j'ai passé mon enfance à grimper dans des arbres et que je continue dès que l'occasion se présente. Mais bien sûr, l'image de l'arbre est indissociable des symboles qui s'y rapportent : l'arbre de vie celtique (mais l'arbre représente la vie dans de nombreuses cultures), l'arbre-abri, l'arbre généalogique, les "racines" de chacun... 

Ce qui est drôle, c'est qu'en parallèle, j'ai travaillé ces dernières années sur un super projet théâtral avec Furiosa, l'une des compagnies avec qui je collabore en tant que régisseuse lumière, et ce spectacle s'intitule "Je est un arbre". Ce n'est pas moi qui l'ait écrit, mais j'ai adoré créer la lumière de ce spectacle, avec son arbre central utilisé comme métaphore de l'identité (le tronc entre les racines/passé et le feuillage/avenir/possibles, comme tu le disais dans ta question), parce qu'il entrait en résonnance avec mes propres questionnements. Vous pouvez trouver le teaser ici : http://fabiennemuet.wix.com/furiosart#!je-est-un-arbre/c23ih et des photos là : http://fabiennemuet.wix.com/furiosart#!photos-je-est-un-arbre/cpm3 .

J'ai utilisé l'image des racines dans le tome 2 de June à la fois parce que ces tours sont là depuis très longtemps, peut-être avant même l'arrivée des hommes, disparaissant et réapparaissant mystérieusement selon les époques. Et aussi parce que j'aime l'idée qu'un enchevêtrement souterrain (donc invisible) révèle la nature réelle de ce qu'on distingue à la surface, lui donne une cohérence impossible à deviner à première vue. Les racines, c'est le monde secret. Ce qu'on croyait inerte est vivant. Ce qu'on croyait isolé est relié. Dans cette ville, l'absence d'arbres est une absence de vie, et la cave de Mahaut, avec son trésor, est donc synonyme d'espoir...

Sia :


Bonjour Manon ! 

J'ai enfin rattrapé mon abyssal retard sur cette passionnante interview - je vais donc réagir à deux-trois réponses avant de poser une question !



J'ai trouvé extrêmement touchante l'anecdote du premier livre et, mine de rien, c'est une sacrée responsabilité ! (Et chapeau à la prof de français pour cette excellente initiative). Maintenant, chapeau à toi sur l'explication de "Comment est rémunéré un auteur" parce que c'est limpide !



Je vais revenir sur l'écriture à quatre mains ; est-ce qu'une collaboration comme celle de Pierre Bottero et Erik L'Homme sur 'A comme Association' serait envisageable ? Chacun faisait vivre son personnage, avec seulement quelques scènes tangentes mais (au départ du moins), ce n'était pas une série "écrite ensemble". Plutôt "écrite en parallèle" donc avec des confrontations peut-être moins importantes (je ne sais pas si c'est très clair, tout ça...).



Ensuite, j'avais une question sur June mais peut-être trouve-t-elle sa réponse dans la suite (je n'ai lu que le tome 1). Je m'interroge sur le choix de la maison close : pourquoi avoir choisi de faire grandir June et Locki à cet endroit ? (Hormis le fait que ça permettait d'avoir un super déclencheur pour la fuite bien sûr). J'ai trouvé l'idée à la fois très originale (de mémoire, je n'ai lu que deux romans présentant cette situation) et, en même temps, pleine de possibilités et avec un petit côté mêlant romanesque et exotisme (j'imaginais un établissement très baroque, peut-être totalement influencé par les western que j'ai vus plus jeune). Est-ce que l'endroit joue un rôle dans la suite ? 

Evidemment, quand j'ai pensé à cette question, j'avais plein de trucs en tête qui avaient l'air super intelligents sur la symbolique de l'endroit mais finalement, ça a l'air très tarte une fois que c'est écrit. Du coup je vais me contenter d'un simple et basique "pourquoi ce choix original ?". 

P.S. : Olivier, tu as mis la main sur Aussi libres qu'un rêve, c'est officiel, je te déteste. Mais je te souhaite quand même une bonne lecture !

P.S. 2 de Dup : Pour ceux qui ont vu passer sous leur nez le partenariat sur L'Héritage des Rois-Passeurs, Sia vous offre la possibilité d'en gagner 5 exemplaires en participant à son concours qui se passe sur son blog, par ici donc : Encres & Calames


Manon :


Hello Sia,

Une collaboration du type de celle de Pierre et Erik serait envisageable, en effet. Mais je ne suis pas sûre d'en avoir envie, ou en tout cas pas maintenant ! En fait, la seule personne avec qui je pourrais écrire en réel dialogue serait ma mère. Peut-être un jour. Ou jamais. On verra bien...

Ah, la maison close ! Comme tu dis, ça faisait un super déclencheur de fuite : c'est un lieu de vie menaçant pour une adolescente devenant femme. Ce point n'a pas été négligeable du tout dans mon choix. Par ailleurs, je voulais que June soit mise à l'écart des autres ("la fille du bordel", c'est pas super populaire à seize ans), et que par conséquent, elle soit très proche de son frère (qui lui est populaire, parce que "le mec du bordel", auprès des autres garçons de quinze ans, ça envoie du rêve ! ^^). J'aimais aussi l'idée que ce n'est pas parce qu'elle a grandi dans une maison close que ses relations amoureuses sont "simples" (même son copain trouve bizarre qu'elle habite là) et que sa "première fois" est moins une découverte. Et puis, je ne sais pas trop pourquoi, l'image de la patronne de bordel est assez puissante dans mon imaginaire. Peut-être parce que dans un monde médiéval ou assimilé, un monde où tout est verrouillé par les hommes, c'est l'une des rares femmes qui détient un pouvoir (tout relatif) sur eux (avec celles qui ont une couronne sur la tête, aussi... et encore !). Tu parles de western, j'imaginais plus un bordel du dix-neuvième, comme on peut en voir dans le film "l'Apollonide", mais en un peu plus baroque, oui. Quant à la question si ce lieu à une fonction dans la suite de l'histoire, assez peu, mais je ne vais pas en dire plus parce que je ne veux pas te spoiler ! ;)


Elodie :


Bonjour Manon ^^

En pleine lecture de L'héritage des rois-passeurs j'ai tilté sur un petit mot que l'on retrouve très souvent en fantasy et c'est pas la première fois que je me le demande donc peut être qu'il y a une vrai réponse derrière et pas seulement une coïncidence. Et ce petit mot c'est Tit' que l'on retrouve devant le nom des personnages. Est-ce que ça veut dire quelque chose? 

Manon :

Je ne sais pas quel sens a ce mot dans d'autres romans, mais dans l'Héritage des Rois-Passeurs (til, et non tit), il a en effet un sens particulier que je te laisse découvrir... :p


Dup :


Il ne nous reste plus qu'à aller plus avant alors pour en découvrir la signification de ce Til'

Moi j'aimerai te poser la question des prénoms. Je me demande comment tu procèdes pour en créer autant ? Tu as une recette, un grimoire déjà rempli ? Juhel, Talan, Cadoal, Nozaa...et je n'en suis qu'au début !



De même, tu inventes un langage du cru, et je trouve ça juste génial car on comprend bien : par exemple le piot pour dire le petiot, c'est tout con, mais je trouve ça énorme :)


Manon :


La question des prénoms est vaste.
D'abord, je suis persuadée qu'à force d'être appelés par le même mot (un prénom reste un mot !) depuis l'enfance, celui-ci influe sur ce qu'on est, ce qu'on devient, tout particulièrement sur le caractère. Pour certains personnages, c'est le nom qui vient en premier et définit tout le reste. Pour d'autres, le nom vient plus tard, mais il modifie toujours le personnage lorsque je le trouve.

Alors, comment je choisis un nom... je suis musicienne, donc sensible aux sonorités, et j'associe certaines sonorités à certains caractères. Le "J" de June est dynamique, mais il est contrebalancé par un "une" plus rêveur et introspectif. Nozaa, par ce z central et les deux a qui suivent, a forcément un côté énigmatique, tout comme Az dans les deuxième et troisième tomes de June. Talan (qui sonne comme "talent"), m'évoque quelque chose de pragmatique, efficace, bon dans ce qu'il entreprend, et généralement, les "a" sont pour moi des forces positives. Kléano, l'un des héros de mon premier roman, est porté vers l'action, il suffit de prononcer son nom à voix haute pour le comprendre, tout comme Izia. Sauf que cette dernière a aussi droit au z énigmatique / insolite, et au "i" plus ambivalent que le "a", plus secret. Le "o", dans sa rondeur, m'évoque une ouverture aux autres. Morgane (thriller), par exemple, est très sociable (même si la découverte de son don va y mettre un frein !), de même que Locki dans June (qui a le "i" ambivalent et le "k" de l'action... tout se recoupe !), Enora au début des Rois-Passeurs, Kléano ou Silnöa dans mon premier roman. D'ailleurs, sa jumelle Silnëi est elle plus secrète et réservée.  
Ravenn... c'est particulier. J'avais envie qu'elle ait une marque bretonne (le "enn" à la fin), sans pour autant porter un prénom celte (comme une bonne partie des personnages de ce roman). Parce que ce nom, elle l'a choisi elle même (son nom de naissance étant Elouane), il est son nom rêvé. Il porte donc à la fois une promesse d'action (le r du début), de rêve (le enn) et d'aventure (le a et le v, premières lettres du mot aventure d'ailleurs...). De plus, ce prénom ressemble au mot anglais "raven", l'un des oiseaux les plus intelligents au monde, donc évoque quelqu'un de rusé et d'indépendant.

D'ailleurs, il y a un autre type de prénom, que j'ai encore peu utilisé mais que je développe dans le roman que je suis en train d'écrire : les mots normaux qui deviennent des prénoms. Par exemple, dans l'Héritage, une magicienne nommée Bleue intervient à un moment (c'est l'une des héroïnes du roman que j'écris, mais chuuuuut ! ^^), et je viens de créer un personnage qui se nomme Minuit. Ces prénoms sont intéressants, parce qu'ils créent immédiatement des images et des impressions pour le lecteur, avant même qu'on décrive le personnage ou qu'il agisse. Ils parlent directement à l'inconscient. C'est puissant. Mais évidemment, il ne faut pas en abuser, sinon ça devient lourd !

Les prénoms ont aussi une utilité dans la narration : ils aident à définir une zone géographique. C'est flagrant dans June, par exemple. Au début, dans La Ville, tous les prénoms sont anglo-saxons. Sur l'île du nord, ce sont des prénoms islandais. Dans la ville aux cinq tours, les personnages portent des prénoms médiévaux. Dans le camp de Rôdeurs du troisième tome, ce sont des prénoms inspirés de noms indiens (ceux d'amérique !). Quant aux Veilleurs, on peut rarement rattacher leurs noms à l'une ou l'autre de ces origines, car ils viennent de partout. La conséquence de ce travail ? Le lecteur sait toujours - au moins d'instinct - quel personnage vient d'où dès qu'il apparaît, ce qui est bien utile pour ne pas se perdre en explications !

Comme vous le voyez, c'est un aspect de l'histoire auquel je réfléchis beaucoup ! Sans compter que si deux prénoms se ressemblent trop, le lecteur risque de confondre ces personnages. Je n'ai pas de grimoire à prénoms, mais je fais des recherches sur internet pour trouver les prénoms d'une population et/ou d'une époque précise. Après, je ne les adopte pas forcément tels quels, parfois je prends ce qui me plait d'un prénom existant et je le modifie.


Concernant le langage que je développe dans l'Héritage des Rois-Passeurs, je voulais créer une impression de "décalage" (vous comprendrez pourquoi en cours de lecture !), donc j'ai utilisé quelques termes de vieux français (le fameux piot est en vieux français le petit de la pie ou, au figuré, quelqu'un de bavard... il est devenu chez moi un surnom amical !), j'ai décalé des verbes (parler se dit braire ou héler selon le contexte), et j'ai tordu quelques structure de phrases ("de vrai, on me hèle Ju'"). Bref. J'ai bien rigolé !


Elodie :


Bonjour Manon :)

J'ai terminé L'héritage des rois-passeurs hier soir (plongée en pleine lecture, je n'étais plus repassée par là poser des questions lol) et j'ai adoré ! Ma chronique arrivera dans quelques jours, j'ai trop en tête là pour mettre mes idées au clair...

Tu disais que le roman que tu étais en train d'écrire s'inscrivait dans le même univers, tu cites d'ailleurs Bleue. Va-t-on se tourner vers les magiciennes? :D Quand j'ai refermé mon livre, je pensais qu'à ça "Manon a dit qu'il n'y aurait pas de suite directe mais qu'on retournait là bas" ma petite bouée de sauvetage tant je n'avais pas du tout envie de quitter l'histoire. Pour l'instant c'est en cours d'écriture et secret mais comme on est gentil on peut avoir quelques scoop? ;)


Manon :


Contente que tu aimes ce nouvel univers !

Dans le roman que je suis en train d'écrire, on se tourne en effet vers les magiciennes. Le titre de travail est "L'appel de Sav-Loar" (la ville des magiciennes, donc), et il commence peu après le départ de Ravenn, c'est à dire neuf ans avant l'Héritage des Rois-Passeurs. De nombreux personnages gravitent là encore autour de l'histoire, mais on suit principalement deux d'entre eux : Bleue (qui est une enfant au début de l'histoire) et Fèl (la fille avec qui Ravenn a fuit le royaume, et dont elle s'est séparée juste après avoir traversé l'océan). On retrouvera quelques personnages de l'Héritage, évidemment... ;)


Phooka :


Bonjour Manon,

Moi je ne suis pas comme les deux autres gourmandes là (Dup et Elodie), je n'ai pas encore fini L'héritage des Rois Passeurs , mais cela ne saurait tarder.
En tout cas, je me régale vraiment et c'est à regret que je le repose pour dormir !
Une petite question en passant, le nom de Til' m'a titillée, parce que c'est aussi le nom d'une héros d'une de mes série préférée, Edwin Til' Illan dans Ewilan du regretté Pierre Bottero.
Faut-il juste y voir une coïncidence ou est-ce un hommage?


Manon :

Comme je l'ai déjà dit à Elodie et Dup, Til' n'est pas un nom, c'est un... titre, disons, et tu comprendras en lisant ! ;p  Je ne peux pas dire que ce soit un hommage à Pierre, puisque je ne me souvenais pas du nom de ce personnage, mais j'ai lu et apprécié ses romans, donc le Til est peut-être ressorti de manière inconsciente...


La suite de l'ITV par ICI

BROADCHURCH de Erin Kelly




Éditions Milady
455 pages
7,90 euros


Le pitch :


Lorsque le corps sans vie de Danny, onze ans, est retrouvé sur la plage, la petite ville sans histoires de Broadchurch, dans le Dorset, se retrouve sous le feu des projecteurs. 

L’officier de police Ellie Miller, la meilleure amie de la mère de la victime, doit collaborer sur cette enquête avec Alec Hardy, un inspecteur à la réputation douteuse qui vient de lui souffler sa promotion. 
Et tandis que les médias s’emparent de la sordide affaire, les secrets des habitants sont révélés, et les membres de cette communauté aux liens soudés commencent à se méfier les uns des autres. À qui faire confiance ?


L'avis de Dup :

Roman tiré d'une série policière télévisée et non l'inverse, c'est un titre qui a résonné en moi. Aujourd'hui, une fois l'avoir lu, je cherche encore qui m'en avait parlé, mon interrogatoire auprès de ma smala friande de série TV n'a rien donné... Point de coupable sous la main. Parce qu'il faut bien dire que ce n'est pas le livre du siècle hein !

Peut-être bien que sur le petit écran l'impact est plus important, vu ce que j'ai pu en lire comme avis ici ou là. La personnalité des acteurs doit sans doute jouer beaucoup. En tant que personnages de roman ils ne m'ont pas touché du tout et j'avoue qu'aujourd'hui, je n'ai aucune envie de la regarder cette série...

L'inspecteur Alec Hardy est parachuté dans la ville de Broadchurch où vient de se produire le meurtre de Danny, un petit garçon de onze ans. L'officier de police Ellie Miller voit ainsi sa promotion lui passer sous le nez, mais elle n'en a cure tant elle est touchée de près par cet assassinat. Danny était le  meilleur ami de Tom, son fils et sa mère, son amie à elle. Elle va donc mettre un mouchoir sur sa rancoeur et s'impliquer dans l'enquête.

Broadchurch est une petite ville côtière du Dorset, dans laquelle tout le monde se connait, où un secret reste rarement longtemps enfoui, et pourtant... Le seul qui ne connait personne, c'est Alec, chargé de l'enquête. Or ce dernier traîne un passé douteux, une enquête irrésolue ou un soupçon de faute professionnelle qui reste flou pour le lecteur.

Pendant les trois quarts du roman l'enquête patine, s'enlise. L'auteur s'attache surtout à décrire l'impact du crime sur la famille proche d'abord, puis sur la communauté et les modifications des relations existantes. Ainsi, tous les personnages qui avaient le moindre contact avec Danny sont passés en revue. Mais également les rapaces gravitant autour de l'enquête, à savoir les journalistes. L'impact également sur la ville elle-même qui rate sa saison touristique avec tous les problèmes économiques qui en découlent. Broadchurch devient un personnage à part entière de ce roman. A la manière d'un huis clos, Broadchurch devient une véritable cocotte-minute sous pression.

Puis le dernier quart voit les éléments s'enchaîner et la résolution de l'enquête arrive. La grosse surprise sera l'identité du meurtrier... heureusement d'ailleurs ! Je n'ose imaginer la lecture de ce roman en sachant la fin !!! Cette surprise laisse malgré tout un goût amer, une détestable envie de vomir.

Voilà donc un roman policier qui ne m'a pas passionné. Les personnages principaux ne m'ont pas touchée. On en sait trop peu ou trop tard sur Alec pour le prendre en sympathie et c'est bien dommage, il méritait mieux. Ellie m'indifférait, et même le deuil et la détresse des parents de Danny m'ont paru surjoué. Bref, une Dup pas convaincue du tout mais qui remercie les éditions Milady car elle sait maintenant qu'elle ne perdra pas son temps devant le petit écran pour regarder cette série !


mardi 21 avril 2015

JUNE tome 1 de Manon Fargetton





Tome 1 - Le Souffle



Éditions Rageot
348 pages
7,70 euros



Résumé :


- Tu peux partir, June, tu peux refuser d'apprendre à te servir du Souffle.

Mais c'est ton héritage. Cela te rattrapera toujours. - Mon héritage ? Et si je n'en veux pas, moi, de cet héritage ? Il y a encore quelques mois, ma vie était simple. Mais depuis que j'ai découvert ce pouvoir qui pulse en moi, tout a basculé. On me dit que je suis la dernière héritière des Sylphes, et que je suis la seule à pouvoir rétablir l'harmonie dans le monde. Une quête dangereuse m'attend, vers des terres dont je n'ai jamais soupçonné l'existence...




L'avis de Phooka:




June l'ignore, mais lorsqu'elle était toute petite, la dernière héritière des Sylphes, lui a transmis le Souffle.

Depuis June a grandi, ses parents ont disparu et elle vit avec son frère Locki chez une tante. Drôle de vie puisque la tante en question est tenancière d'un ...bordel ! June vit depuis toute petite au milieu des prostituées pour qui elle est une sorte de fille adoptive.

Mais ce n'est pas la seule chose étrange. Toute la vie de la communauté se réduit au "village". Ceint de clôtures, il est isolé du monde. Et si June se rappelle vaguement avoir vécu dans un petit village de forêt où le danger était toujours présent, elle se sent bien dans ce gros bourg protégé de tous les périls par son grillage. Enfin, de tous les périls, pas tout à fait car certains rodent à l'intérieur du village. June devient une jeune fille et certains notables clients de l'établissement l'ont noté. June doit quitter ce cocon au plus vite. elle va quitter la sécurité, mais son frère ne va pas la laisser partir seule ...

On comprend très vite que "quelque chose"  c'est passé. Quoi ? On ne le sait pas vraiment, mais clairement, ce village est situé dans un monde de type "post-apo". Avec June, nous le découvrons au gré de ses pérégrinations. Par petites touches, l'image que nous avons du monde qui entoure June s'étoffe. Puis elle nous emmène à "l'extérieur", un univers inconnu et dangereux. Là, June et son frère vont nous faire découvrir en même temps qu'eux, un milieu étrange, périlleux et féerique. De récit, le roman devient conte. Je ne tiens pas à donner de détails, car la découverte de l'extérieur est un réel enchantement que je ne voudrais pas gâcher. Sachez seulement que tous vos sens seront mis à partie. L'image est riche et colorée, les sons toujours présents et même vos narines vont frémir devant cette débauche de végétaux et de merveilles.

Et puis bien sûr, il y a le Souffle autour duquel tourne l'intrigue. Le Souffle que June a bien du mal à accepter, puis à maîtriser. Cette quête du Souffle, comme un voyage initiatique, va pousser June à grandir et à essayer de comprendre le monde qui l'entoure. Elle va se rendre compte que celui-ci est au bord du chaos, les forces du mal étant en train de le grignoter petit à petit. Ce sera le départ de la grande quête pour rétablir l'équilibre des forces entre le bien et la mal. Quête pour laquelle elle va avoir besoin de son frère Locki.

Parce que si Locki n'est "que " le frère, il n'en est pas moins un personnage important et attachant de ce récit. D'ailleurs que ce soient June ou Locki, ou les autres personnages qui jalonnent cette histoire, ils sont tous très réussis et contribuent grandement au plaisir de lecture de ce roman.

Ce premier tome est une introduction, toute en douceur et en finesse, de la quête principale. De construction assez classique au début, il évolue vers le merveilleux et l'action. Les personnages sont attachants, l'action et le suspense présents. Le tout est saupoudré d'une touche de poésie qui rend ce récit vraiment spécial . C'est un réel plaisir de lecture et il me tarde d'en découvrir la suite. A mettre entre toutes les mains, petites ou grandes !












Lire aussi les avis de DupRamettesSia, Elodie ...

lundi 20 avril 2015

GRETEL AND THE DARK de Eliza Granville




Mirobole Éditions
440 pages
22 euros

Le pitch :


Voici la sombre et fascinante histoire de deux mondes parallèles.


Vienne, à la fin du XIXe siècle. Josef Breuer – célèbre psychanalyste – est sur le point d’être confronté au cas le plus énigmatique de sa carrière. Trouvée près d’un asile d'aliénés, maigre, la tête rasée, la jeune fille prétend n’avoir pas de nom, pas de sentiments – d’être, en fait, une machine revenue pour tuer le Monstre. Intrigué, Breuer est déterminé à comprendre les racines de ses maux.

Quelque part en Allemagne, bien des années plus tard. Krysta est une petite fille dont la mère a mis fin à ses jours et qui tyrannise ses gouvernantes et son père, médecin dans un étrange dispensaire... Plongée dans le souvenir des contes de fées que lui racontait sa nounou d’antan, elle lutte pour trouver sa place quand, un matin, on découvre son père mort étranglé dans son lit. Désormais, la petite fille est véritablement seule au monde, sans rien ni personne pour la protéger.




L'avis de Dup :

Voilà un roman bien difficile à lire, mais il est surtout encore plus difficile d'en parler. Le moins que je puisse dire c'est qu'il ne peut pas laisser indifférent. C'est un véritable uppercut qu'assène l'auteur à son lecteur quand arrive la fin du récit. Remarquablement construit avec ses deux histoires qui sont suivies en parallèle et qui subtilement s'emmêlent.


D'un côté, Vienne, fin 19ème, Josef Breuer, un psychanalyste de renom aimerait découvrir ce que cache l'amnésie de la jeune fille qu'il héberge. Elle a été trouvée nue proche d'un hôpital psychiatrique, le crâne rasé, le corps marqué par divers sévices et le bras tatoué de plusieurs chiffres. Elle se dit être une machine dépourvue de sentiments, avec une mission : tuer le monstre.

De l'autre, ailleurs, quarante ans plus tard, nous faisons la connaissance avec une petite fille, Krysta qui est un véritable tyran pour son entourage : son père et les n gouvernantes qui se succèdent pour la garder. Il faut reconnaître qu'elle est odieuse malgré son physique avenant de petite princesse. À sa décharge, sa mère s'est suicidée il y a peu et elle avait été élevée jusque là par une nourrice assez spéciale qui passait son temps à lui raconter des histoires horribles. Sa spécialité était de rendre encore plus horrifique les contes enfantins censés faire frissonner nos chérubins : Hansel et Gretel bien sûr, mais aussi le joueur de flûte de Hamelin, la petite fille aux allumettes, Pierre et le loup, etc. Tous nos contes d'enfants vont défiler dans ce récit, et vont nous dresser à nous adultes, les cheveux sur la tête ! Si le début de la vie de Krysta n'est pas tout rose, ce n'est vraiment rien à côté des épreuves qui l'attendent par la suite...

Ce roman est vraiment déroutant à lire. C'est impossible de trouver des points de repère, ni de lieu, ni de temps. Les personnages sont différents d'une histoire à l'autre et pourtant on les retrouve parfois là où ils ne devraient pas. On finit par baisser les bras sur la compréhension globale et se laisser porter par les deux récits sans chercher plus avant. On navigue en permanence entre fantasme et réalité, on est complètement perdu... et c'est fait exprès ! L'auteur tisse ses fils avec maestria et intelligence. Elle nous soumet à une véritable douche écossaise, avec des passages touchants, émouvants et la page suivante c'est l'horreur totale, la cruauté à l'état pur, le tout asséné avec froideur et détachement. Impressionnant.

Lorsque l'on comprend enfin le lien entre ces deux histoires, à la toute fin seulement, c'est vraiment une énorme claque. Eliza Granville fait avec ce roman une véritable apologie du pouvoir de l'imaginaire. Toutes ces petites histoires qui en créent une grande et qui permettent d'affronter l'Histoire. On ne pouvait pas choisir meilleur titre !!!

C'est un roman sombre et dérangeant. J'ai rarement lu plus noir, et paradoxalement je suis ravie de l'avoir lu. À mon humble avis, Gretel and the dark fait parti des livres qu'il faut lire.