mercredi 5 avril 2017

3ème ITV de Nathalie Dau


La première se trouvant ICI
La seconde par




                                          © Romain Jacquot / Antoine Ottone


Bienvenue sur Bookenstock Nathalie !




"C'est ton tour, Nathalie ! Tu dois rédiger ta présentation !"
Et là, ça se complique.

Parce que je ne rentre jamais dans les cases.
Parce que je ne suis pas seul-e dans ma tête et que je ne sais pas qui présenter, exactement. Ni en quels termes.

Et puis il n'y a pas grand-chose d'intéressant à savoir, à mon sujet. L'essentiel est déjà sur wikipédia.
Après, ceux qui sont dans mes contacts FB savent que j'ai des chats, que je les aime fort et qu'ils me le rendent bien. Que j'ai des enfants, trois filles désormais grandes. Que je milite pour une vision plus humaine de la société, fondée sur l'amour et la solidarité et non sur les valeurs de l'argent et de l'exploitation mortifère des forces vives. Que j'habite en zone rurale, dans un petit village de l'Eure quelque peu hors du temps. Mais le temps est une notion très floue, pour moi, de toute façon. Est-ce qu'on doit calculer selon celui de la Terre, celui de Kephéda ou celui d'Eorzéa ?
Sur Terre, je suis officiellement une femme de cinquante ans reconnue adulte handicapé, souffrant au quotidien dans sa chair, et se trimbalant tellement de blessures et de traumatismes tant physiques que psychologiques qu'on peut se demander ce qu'elle fiche encore parmi vous.
Sur Kephéda, je suis tous mes personnages, et surtout Ceredawn, avec lequel j'ai pas mal de points communs (même s'il est mille fois mieux que moi). Cela fait bientôt trente ans que nous nous fréquentons (la rencontre date de juillet 1987).
Sur Eorzéa (univers du mmorpg Final Fantasy XIV), je suis là encore multiple, mais surtout confortable quand j'incarne Ceryan, auquel j'ai fabriqué un corps aussi proche que possible de mon image mentale. Il faut savoir que je suis non binaire, et que l'image que me renvoie mon miroir n'a rien à voir avec celle que j'ai dans la tête et le coeur. Je ne me sens ni femme ni homme, mais un mélange des deux avec une dose d'aucun des deux. C'est compliqué. Même moi je m'y perds, parfois.
Je vis en ces trois mondes, parfois en alternance, parfois en même temps. Avec un point de convergence : mon ordinateur.
Je n'ai pas de bureau. Je ne peux plus rester des heures assise plusieurs jours d'affilée, même avec une chaise ergonomique. Je vis donc assise dans mon lit, et j'ai un joli plateau pliant adapté pour supporter mon ordinateur portable (il y a même un ventilateur intégré, pour les mois d'été, et un petit tiroir dans lequel je range mes stylos, ma clef usb et quelques broutilles que je ne veux pas égarer tout en les conservant à portée de main).
Des livres, il y en a absolument partout dans la maison. Mais ceux que je conserve au plus près, dans la bibliothèque de ma chambre, ce sont mon bon vieux dictionnaire des rimes, mes mangas yaoi et mon énorme pile à lire. Et puis il y a une étagère spéciale pour Estelle Faye, que j'adore en tant qu'auteur et en tant que personne, et une autre étagère spéciale pour Isabelle Wenta, que j'adore au moins autant et qui en plus partage mes délires éorzéens.

Je n'ai pas d'horaires précis. Je ne dors plus beaucoup à cause de la maladie, et surtout pas la nuit, puisque c'est la nuit que je suis le plus en forme. La plupart du temps, je dors quand j'ai sommeil, je mange quand j'ai faim (plus beaucoup, là encore), j'écris quand mon cerveau est en état de le faire (ce qui a ralenti ma production, j'en ai bien conscience), je lis, je regarde des séries, je joue...

Et j'attends.

Enfermé-e dans mon corps, dans ma maison, dans mon village, dans mon département (le règlement de la Sécurité Sociale quand on est en arrêt maladie même de très longue durée : si je veux sortir de l'Eure, je dois demander la permission au minimum 15 jours à l'avance, avec un papier tamponné par mon médecin), j'attends tout ce qui me permet de me sentir un peu plus libre, un peu moins en souffrance. Des mots gentils, un peu d'amour, la certitude de compter pour celles et ceux qui comptent pour moi. La venue de l'inspiration, d'une journée de rémission (mais ça fait bien longtemps que je n'y ai plus eu droit). Le retour de mon mari quand vient le soir. Les réponses aux messages que j'envoie, aux livres que j'écris comme autant de bouteilles que l'on jette à la mer... et qui parfois se brisent sur des rochers cruels.

J'attends le jour où j'aurai le droit de me reposer enfin, après toutes ces années de bons et loyaux services.
Même si, parfois, il y a des rencontres qui électrisent et donnent envie de se battre pour durer plus longtemps.

On dit qu'en avril, il ne faut pas se découvrir d'un fil...

Mais moi, je n'ai jamais eu peur de me mettre à nu, alors vous pouvez poser toutes les questions que vous voulez, je ferai de mon mieux pour y répondre honnêtement.



Et pour ceusses qui ne connaissent pas Ceryan, le voici :













****************************************



Bonsoir Nathalie, merci de ces longues, précises et patientes réponses. En les lisant j'ai l'impression de mieux comprendre encore ce qu'écrire une / des histoires implique. J'ai commencé le premier tome et je ne peux pas le cacher, j'ai été plutôt d'abord désorienté mais heureusement cela se décante au fur et à mesure et les personnages prennent place.....et j'attends les moments les plus calmes de mes journées pour m'y plonger totalement, tant je ressens le besoin de m'immerger totalement dans le récit. J'hésite à entamer de front le second tome aussi, pensez vous que l'on puisse mener cette double lecture sans en suivre l'ordre chronologique ? Merci et à très vite.

Nathalie :

Bonjour Olivier.
Je peux concevoir que la présence d'un peu de vocabulaire inventé, et surtout ma façon de découper le temps non pas en semaines et mois mais en mendiances (de 5 jours) et malunes (de 30 jours) puisse déconcerter.
A toutes fins utiles, je profite de l'occasion pour souligner qu'en ebook gratuit contenant les annexes peut être téléchargé sur le site des Moutons électriques, à l'url suivante :

http://www.moutons-electriques.fr/livre-enigme-tome-1-source-tempete
Il suffit de cliquer sur le bouton bleu intitulé "télécharger gratuitement le fichier epub" :-)Je comprends aussi la quête des moments de calme. Je sais que mon écriture, dans sa forme, est exigeante et demande un peu de concentration. Cela participe, selon moi, du dépaysement : nous ne sommes pas sur Terre au XXIème siècle, après tout. Comme je le précisais par ailleurs, chaque personnage mais aussi chaque texte s'accompagne pour moi de sons, de couleurs, et d'une palette de mots qui lui sont spécifiques.

Je suis ravi-e, en tout cas, de lire que les choses se décantent et que l'immersion fonctionne.

Pour la question sur la lecture des deux tomes de front : non, c'est impossible. Il s'agit d'une seule et même histoire qui est découpée en deux volumes parce qu'on ne pouvait pas éditer un livre de 2 millions de signes. Le tome 2 est strictement la suite du tome 1. On peut les enchaîner sans problème, c'est même mieux puisque ainsi les événements de Source des Tempêtes sont encore frais dans la mémoire, mais lire les deux en même temps (si c'est bien le sens de la question) ne présenterait aucun intérêt et serait même source de confusion, de spoilers et j'en passe.
Je vous souhaite donc bonne lecture de l'un puis de l'autre :-)


Aurélie :


Bonjour à tous,

Nathalie nous nous connaissons un peu, je te suis depuis un moment... 

Je relis actuellement Le livre de l'énigme tome 1, en prenant mon temps, car je l'avais dévoré lorsqu'il s'appelait encore "La Somme des Rêves". Je me transforme en boulimique dès qu'un univers me plaît, survolant trop vite les pages mais, incapable de me réfréner... Ce tome 1 m'avait fait cet effet là. Quelle douleur que l'abandon de ses très bons auteurs par cette ME. 
Bien que ce ne soit pas le sujet, pour éclairer ceux qui me liront, il faut savoir qu'Olivier Gay et Anthelme Hauchecorne, entre autres, y étaient également publiés, et ont laissé pour le second un tome 1 pour le moment en souffrance, et pour le premier une sage complète récemment rééditée. 
Il y avait du beau et du bon, dont toi.
Et quand je le relis, donc en ce moment, doucement, tranquillement, pour m’imprégner, je me rends compte de tout ce que tu as pu ajouter, de la profondeur encore accrue de l'univers... 
Un éditeur qui prend soin de ses auteurs et qui leurs demandent le maximum, ça tout en leur offrant la même chose, ça donne quelque chose de si beau.
Je me souviens pendant ma première lecture avoir été désarçonnée par le lien qui unit si vite Cerdric et Ceredawn, d'avoir ressenti une attirance presque physique qui me gênait. Pourquoi, je ne sais pas. Peut-être parce que j'ai pris de l'âge, et que cette relation est approfondie, peut-être parce que je suis plus honnête envers moi-même je comprends beaucoup mieux cette soif d'amour de Cerdric, et je pense que Ceredawn a une conscience accrue de son avenir dont, malicieusement, tu ne nous fais entrevoir que des bribes, en tout cas à l'aune de ce premier tome.
Je n'ai pas encore acquis Bois d'ombre, j'espère te voir au Salon Fantastique pour cela. Les Imaginales ne nous font pas l'honneur de ta présence, tu m'en as parlé, je n'ai pas répondu, je réponds ici : j'en suis dépitée. Mais ils y reviendront.

Pardon pour ce long pavé introductif, mais il n'est pas toujours évident en salon d'exprimer un ressenti avec le bruit, l'émotion ... ton univers me touche aujourd'hui encore plus à l'époque.

J'ai une crainte, c'est ce prologue lourd de regrets ... est-ce un avenir fantasmé ou cette tristesse et cette solitude attend-elle réellement nos personnages, ou est-ce un avenir fantasmé et redouté par Cerdric ? Tu ne pourras peut-être pas répondre... mais cette question me hante à chaque fois que j'ouvre Source des tempêtes.

Une question peut-être personnelle (il faut croire que j'aime les défis, et courir le risque de ne pas obtenir de réponses), mais j'ai l'impression que ces derniers mois, tu réussis enfin à vivre ton statut d'auteure plus sereinement, grâce notamment à ton entourage professionnel... est-ce cette fois-ci mon propre fantasme ou la réalité ?

Encore merci pour ce monde et ce langage si riches ! 



Nathalie :

Merci, Aurélie.

Comme je l'ai écrit dans la présentation, je suis tous mes personnages, même si plus proche de Ceredawn. La soif d'amour n'est pas spécifique à Cerdric, d'ailleurs, tu comprendras mieux en lisant Bois d'Ombre. Je pense, pour le ressentir intimement et depuis toujours, me semble-t-il, que les personnes souffrant d'une faible estime d'elles-mêmes (pour diverses raisons liées à leur enfance, le plus souvent) vivent dans une sorte d'angoisse permanente, avec, chevillé au coeur, la certitude qu'on ne peut pas les aimer pour ce qu'elles sont, la certitude aussi que rien n'est jamais acquis, surtout pas l'amour qu'elles peuvent inspirer. Et donc, ces personnes éprouvent le besoin de se rendre utiles auprès des autres, car on ne rejette pas, on n'abandonne pas ce qui est utile, ce qui est nécessaire, ce qui protège, ce qui embellit ou facilite l'existence. Alors oui, on s'applique à se rendre indispensable auprès de ceux dont soi-même on a si grand besoin, et on cherche par ce biais, tout simplement, à se rassurer. Mais la quête comporte un risque : celui d'étouffer l'autre, de l'infantiliser, de l'inciter à fuir, à rejeter, si bien que parfois, on récolte exactement ce que l'on redoutait le plus.


Là aussi, il y a un équilibre à trouver.

J'ai expliqué un jour, sur ma page FB (et je vais donc en reprendre des éléments pour cette réponse), que les Grecs anciens distinguaient quatre formes d'amour : agapè, philia, storgê, éros. Je suis convaincue que ces quatre formes ne sont pas imperméables les unes aux autres, pas aussi cloisonnées qu'elles en ont l'air, mais aussi qu'elles ne sont pas forcément toutes présentes dans un même coeur ou envers un même objet. Et qu'on peut basculer de l'une à l'autre au cours d'une même relation. 
Là, je vais faire un gros spoiler du tome 1.  (surligner pour pouvoir lire)
Cerdric a grandi de façon solitaire, sans puiser aucun plaisir dans cette solitude qu'il n'a pas choisie. Il n'a pas reçu la forme d'amour appelée storgê (amour familial, comme quand un parent prend soin de son enfant). Au palais du margrave pas plus qu'à Cassegrume, il n'a eu l'opportunité de construire la forme d'amour appelée philia (amitié réciproque, plaisir de la compagnie). Et il souffre vraiment de sa solitude. 
Au moment de la rencontre, on sait qu'il a commencé à s'éveiller à éros (l'amour physique) mais n'a pas encore vécu son initiation. Il n'est encore jamais tombé amoureux. Quant à agapè, l'amour universel, inconditionnel, tel celui qui peut unir une créature à sa divinité et réciproquement, on a tenté de l'y sensibiliser, notamment via le culte de Titiarane, mais il est flagrant que c'est surtout le spectacle de la magie qui le lui inspire, puisqu'il est à chaque fois fasciné, et ébloui, au point de quémander un objet magique afin de jouir à volonté de ce spectacle (un peu comme nous nous perdons dans la contemplation d'une boule à neige tout juste secouée, lorsque l'hiver et les chutes de flocons nous manquent trop et que nous voulons renouer avec l'émotion qu'ils nous inspirent). Cependant, là encore, cet éblouissement est pour Cerdric source de souffrance puisque, de par sa nature de Réfractaire, il sait que jamais la magie ne pourra naître de lui ni l'affecter. Il se sent donc exclu de ce qui l'émeut le plus.
Ainsi, nous avons un jeune homme de seize ans frustré à tous les niveaux de l'amour, déçu par l'accueil reçu de son père (car en plus, Cerdric est un idéaliste et il avait totalement fantasmé la rencontre idéale, qui n'a pas eu lieu de la manière dont il l'avait rêvée). Il éprouve alors des sentiments si violents, si exacerbés, si irrationnels, qu'il fuit sans se soucier d'exposer sa santé ni même sa vie. Il est empli de rage, de colère et même de haine (dont on dit qu'elle est l'autre face de l'amour, l'un et l'autre sentiment étant gravés de chaque côté de la même pièce). Il se sent plongé dans ses ténèbres intérieures et dans la nuit de la forêt assombrie par la fureur de la tempête...
Et il découvre soudain une lumière, un havre de paix. Une magie qui l'inclut au lieu de l'exclure. Quelqu'un qui l'attendait, l'espérait, rêvait de lui. Quelqu'un qui lui accorde de l'importance, qui se réjouit de sa présence, qui lui dit "j'ai besoin de toi, de ton amour". Qui est prêt à satisfaire toutes ses attentes, même à verser un peu de son propre sang pour étancher la haine qui dévorait l'arrivant.Ceredawn apparaît, aux yeux de Cerdric, comme l'incarnation de cet amour qu'il n'a jamais reçu et dont il est affamé, mais aussi l'incarnation de la magie. Il est cet "objet magique" qu'on lui a refusé précédemment. Cet enfant a en outre un tel pouvoir que même un Réfractaire comme Cerdric en est affecté. Grâce à cette rencontre et à la manière bienveillante, chaleureuse dont Ceredawn l'accueille, Cerdric a le sentiment de trouver enfin une place à la fois au sein de la magie, au sein d'une famille (puisque le voilà doté d'un frère), et même, tout simplement, au sein d'un duo amical. Lui qu'on a toujours tenu à distance se retrouve brusquement au centre. Et ça le bouleverse si violemment que ce qu'il éprouve alors est assimilable au coup de foudre. Sauf que ce coup de foudre s'inscrit durablement en lui. Et en même temps, il éprouve de la gratitude pour celui qui lui donne enfin tout ce dont il a toujours rêvé.

Si j'en reviens aux définitions des Grecs anciens, Cerdric éprouve pour Ceredawn à la fois storgê, philia et agapè. La seule forme d'amour qu'il ne ressent pas pour son frère est éros.
Mais comme tu n'es pas la seule à m'avoir fait part d'un certain malaise, comme si éros s'imposait malgré tout à vos esprits, j'ai pris soin, lorsque j'ai revu ma copie pour publication par les Moutons électriques, de mieux clarifier ce point-là, d'éliminer toute ambiguité. Et il semblerait, d'après ton témoignage, que j'y suis parvenu-e.

Oui, nous nous verrons au Salon Fantastique, j'y serai sur le stand des Indés de l'Imaginaire, et nous pourrons parler de vive voix.


Enfin, pour le premier chapitre de Source des Tempêtes (et non le prologue), qui nous montre un Cerdric âgé entreprenant de rédiger ses mémoires et exprimant ses regrets d'avoir perdu Ceredawn, qui pourtant n'est pas mort... Non, ce nest pas un fantasme. Savoir comment ces deux frères, qui s'aimaient pourtant si fort, en sont arrivés à la rupture est l'un des enjeux du cycle. Bois d'Ombre apporte beaucoup d'indices, montre comment leur relation évolue, montre aussi quelles sont les blessures de Ceredawn et comment et pourquoi Cerdric ne peut s'empêcher de verser du sel dessus.Un autre enjeu du cycle est de découvrir si oui ou non, le rêve de retrouvailles nourri par ce Cerdric âgé aura lieu. Vous le saurez quand viendra le temps. Tout comme vous saurez comment Ceredawn aura vécu cette séparation, qui ne sera pas anodine pour lui non plus. Et j'espère que tout ceci vous intéressera, voire vous passionnera.
Enfin, concernant ma situation d'auteur... oui, je la vis plus sereinement, parce que l'équipe éditoriale des Moutons électriques m'offre son respect, sa confiance, son intérêt sincère pour mes écrits, son réconfort lorsque je doute ou suis blessée - et même, cerise sur le gâteau, son amitié. J'écris, les professionnels s'occupent du reste. C'est reposant, rassérénant. Pas de pression, pas de mise en compétition des auteurs, pas de harcèlement, pas de messages dévalorisants et destabilisants, pas d'attaques personnelles (choses que j'ai connues par le passé avec certains). Juste l'amour de nos textes et la fierté de nous publier. Je ne pouvais pas rêver mieux.




Xapur :

Bonjour Nathalie, je reviens après avoir lu Bois d'Ombre. 
Enfin, presque, puisque je comptais survoler Source des Tempêtes avant de lire la suite, et puis finalement j'ai été à nouveau capturé par l'histoire et je l'ai relu intégralement avant de passer au tome 2 !
Et dire que je pensai avoir vu nos héros souffrir, ouch, quel choc que ces études chez les magiciens ! J'espère qu'ils auront un peu de répit dans le futur mais je ne suis guère optimiste, qu'en dis-tu ?

Nathalie :
Oh, merci Xapur, c'est un bon compliment que tu fais à Source des Tempêtes ! Avoir su te recaptiver alors que pourtant tu l'avais déjà lu... L'apprendre me fait grand plaisir !
Très honnêtement, je pense que Bois d'Ombre est le plus sombre et surtout le plus dur, d'un point de vue psychologique, de tous les volumes composant le cycle. L'écrire n'a pas été une partie de plaisir, j'ai dû accepter de faire remonter des choses, de m'y confronter de nouveau, de les décortiquer. Je ne cache pas que lorsque j'ai envoyé le manuscrit à André-François Ruaud, j'étais en proie à une énorme angoisse. Par chance, il a accroché à ce livre, a été sensible aux émotions qui l'habitent, et j'ai recommencé à respirer.


Dans Griffes de Guerre (prévu pour 2019, parce que c'est un gros morceau, parce que la maladie me ralentit pas mal, et puis parce que j'ai quelques autres petits projets à finaliser en parallèle), il sera question de sentiments amoureux plus adultes (mais "les histoires d'amour finissent mal, en général", pour citer les Rita Mitsuko), de conflits armés (le titre annonce la couleur), de quête, de survie, de résistance, de révélations sur les générations précédentes, toujours de tolérance et de rejet, les intrigues initiées se poursuivront, les lames trancheront ou perceront toujours, les langues pourront blesser tout autant... mais aussi réconforter. Il y aura de bons moments, de belles rencontres, des leçons tirées, de véritables avancées dans divers domaines et pour plusieurs personnages. Je pense que les souffrances seront plus supportables, davantage compensées par tout ces moments de joie, plus nombreux que dans le tome 2. Même s'il faudra faire aussi avec les conséquences de tout ce qui s'est produit dans les volumes précédents.


J'espère avoir su te rendre un peu d'optimisme, sans tuer ta curiosité ni ton envie de lire la suite ;-)



Licorne :

Re-bonjour Nathalie. J'avance ...le tome 1 est lu et le deux bien entamé. Comme Olivier, j’ai besoin de lire sur un assez long moment pour ne pas perdre ma concentration et rentrer dans cet univers dense, je trouve cette deuxième partie beaucoup plus dure à lire et beaucoup plus sombre, elle est pleine d’anecdotes et de petites histoires dans l’histoire qui permettent aux personnages de se densifient. C ’est presque un récit à deux vitesses, deux niveaux, je ne sais pas si vous serez d’accord ? le premier qui est assez classique dans le déroulement de l’histoire et de la quête des protagonistes, et le deuxième, basé sur la psychologie des personnages, qui est pour moi, beaucoup plus complexe et intéressante. Vous poussez très loin votre étude des personnages, votre précision à les décrire et votre faculté à percevoir leurs pensées, tout cela me fait mieux comprendre le rapport que vous semblez entretenir avec Ceredawn depuis 30 ans, c’est presque une histoire entre lui et vous… vous et lui, enfin, n’y a t il pas osmose parfois ?
Le paradoxe de ce personnage est déconcertant, il parait un jeune enfant déstabilisé par ses émotions et soudain, on le sent emprunt d’une maturité exceptionnelle qui fait presque peur. J’avoue me perdre un peu dans les démonstrations de puissance et de retenue mais la plume est belle, je reste attentive… J’ attends avec impatience le passage ou Ceredawn va enfin connaitre les épreuves de ce « fameux » Bois d’Ombre … J’y arrive doucement. 

Nathalie :

Merci Licorne.
J'ai rencontré au fil de mes lectures plusieurs personnages qui présentaient eux aussi ce mélange d'innocence et de maturité, de puissance et de retenue. Le plus emblématique, pour moi, est Gabriel Marpa, le héros de la bande dessinée Le Lama Blanc, de Bess et Jodorowski. Je me suis beaucoup documenté-e sur la réincarnation et les témoignages la concernant, j'avais besoin de comprendre comment elle était vécue au quotidien par les peuples pour lesquels elle est culturellement évidente et admise. J'ai essayé d'imaginer ce que ça pouvait représenter, pour un jeune Tibétain, par exemple, que d'être désigné comme la réincarnation d'un lama considéré comme particulièrement sage et puissant de son vivant. Quel impact sur cet enfant ? Comment concilier ce qu'il est actuellement et ce qu'il a été ou est supposé avoir été ? A-t-il réellement des souvenirs de sa vie antérieure, et comment les intègre-t-il dans la construction de sa personnalité présente ? Que garde-t-il de l'enfant qu'il est, une fois qu'il a été identifié comme autre ?



Sur Kephéda, la question ne se pose pas : la réincarnation est effective. Mais je voulais aborder ces thèmes aussi, les mettre en scène, réfléchir à leur sujet.
Mais même sans aller jusque là (puisque dans le tome 2, les âmes des mages défunts sont beaucoup moins présentes) : je voulais aborder la question de la précocité et du génie. Quand on lit le parcours d'enfance de Mozart, on perçoit toute la différence entre simple précocité et génie. Ceredawn est, en matière de magie, une sorte d'enfant prodige, tout comme le sont la plupart des Séminaristes. Le Séminaire, finalement, c'est une école pour surdoués. Et ces enfants-là ne se développent pas, sur le plan affectif, exactement de la même manière que les autres. Ils ont tendance à être plus matures plus vite sur certains sujets, tandis que d'autres sujets plus évidents pour le commun des mortels vont leur être plus difficiles à appréhender.
En outre, être surdoué en musique, en peinture, en calcul, ça n'est pas dangereux en soi. Mais la magie reste une arme potentielle. Elle peut être meurtrière, pour les autres autant que pour soi-même. Elle exige qu'on la comprenne, qu'on la maîtrise, qu'on la contrôle. C'est ce contrôle qu'il est venu chercher, c'est bien expliqué dès le premier tome. Si je peux oser une comparaison, je prendrai celle de la voiture. Un jeune qui veut apprendre à conduire va d'abord s'entraîner sur des parcours sécurisés, en compagnie d'un moniteur. Sans cet apprentissage, la prise du volant est dangereuse et potentiellement mortelle. Alors certes, en cas d'urgence, par exemple pour amener sa mère blessée à l'hôpital, un conducteur encore inexpérimenté peut se lancer sur les routes. Mais le risque qu'il perde le contrôle du véhicule existe. D'ailleurs, quand j'étais enfant, c'était un cauchemar que je faisais souvent : j'étais obligé-e de prendre le volant depuis la banquette arrière, je n'avais pas accès aux freins et je ne pouvais que tourner les roues pour éviter de m'encastrer dans le décor, tandis que la voiture prenait de la vitesse en raison de la pente déclive. Et je ne savais plus comment l'arrêter.C'est exactement ce qui se produit pour Ceredawn quand il utilise sa magie alors qu'il ne sait pas encore la contrôler. Une fois qu'elle est déployée, il a le plus grand mal à la résorber en lui, du coup ce sont toutes ses énergies qui sont siphonées : pas seulement le drac mais également son énergie vitale. Ayant expérimenté ce phénomène dans le premier tome, je pense qu'il est compréhensible qu'il soit réticent à s'y abandonner de nouveau, et s'applique à acquérir le contrôle dont il a besoin.

Pour l'osmose, je ne sais pas. Je les ai tous interrogés, ces personnages, comme je l'ai déjà expliqué par ailleurs. Donc je les comprends intimement. Mais je n'ai pas l'impression de les influencer. J'ai davantage l'impression que c'est grâce à mon vécu que je suis en mesure de comprendre et raconter le leur. Je ne sais pas si je suis très limpide, là...
Là où je vous rejoins, en revanche, c'est que oui, les faits en eux-mêmes n'ont rien de très original. Des émeutes, des complots, du racisme, de la violence, de l'injustice... on en croise tous les jours dans nos médias. Quand Cerdric peine à trouver un travail, c'est quelque chose de familier pour un Français de 2017 qui n'ignore pas ce que sont le chômage ou la précarité. Il est moins fréquent qu'on en fasse état dans un roman de Fantasy, mais cela participe, pour moi, du réalisme que je veux conserver malgré la présence de la magie, donc je ne l'ai pas passé sous silence.
Mais les faits, en eux-mêmes, ne sont pas ce qui compte le plus. Mon intérêt se porte sur les causes. Pourquoi ces émeutes ? Pourquoi cette violence ? Pourquoi la haine ? Pourquoi l'amour ? Pourquoi telle réaction chez l'un, et pourquoi, confronté à la même chose, l'autre réagit différemment ? Qui êtes-vous ? Comment fonctionnez-vous ? Comment, en vous étudiant, puis-je mieux me comprendre moi-même, et surtout comprendre les gens ? Tous ces gens si mystérieux, si complexes, si différents de moi et parmi lesquels je dois pourtant vivre, tout en me sentant constamment étranger-e à leur monde, à leurs réactions, à leurs choix...

Aurai-je jamais les réponses ?

8 commentaires:

  1. Bonjour à tous,
    Nathalie nous nous connaissons un peu, je te suis depuis un moment...
    Je relis actuellement Le livre de l'énigme tome 1, en prenant mon temps, car je l'avais dévoré lorsqu'il s'appelait encore "La Somme des Rêves". Je me transforme en boulimique dès qu'un univers me plaît, survolant trop vite les pages mais, incapable de me réfréner... Ce tome 1 m'avait fait cet effet là. Quelle douleur que l'abandon de ses très bons auteurs par cette ME.
    Bien que ce ne soit pas le sujet, pour éclairer ceux qui me liront, il faut savoir qu'Olivier Gay et Anthelme Hauchecorne, entre autres, y étaient également publiés, et ont laissé pour le second un tome 1 pour le moment en souffrance, et pour le premier une sage complète récemment rééditée.
    Il y avait du beau et du bon, dont toi.
    Et quand je le relis, donc en ce moment, doucement, tranquillement, pour m’imprégner, je me rends compte de tout ce que tu as pu ajouter, de la profondeur encore accrue de l'univers...
    Un éditeur qui prend soin de ses auteurs et qui leurs demandent le maximum, ça tout en leur offrant la même chose, ça donne quelque chose de si beau.
    Je me souviens pendant ma première lecture avoir été désarçonnée par le lien qui unit si vite Cerdric et Ceredawn, d'avoir ressenti une attirance presque physique qui me gênait. Pourquoi, je ne sais pas. Peut-être parce que j'ai pris de l'âge, et que cette relation est approfondie, peut-être parce que je suis plus honnête envers moi-même je comprends beaucoup mieux cette soif d'amour de Cerdric, et je pense que Ceredawn a une conscience accrue de son avenir dont, malicieusement, tu ne nous fais entrevoir que des bribes, en tout cas à l'aune de ce premier tome.
    Je n'ai pas encore acquis Bois d'ombre, j'espère te voir au Salon Fantastique pour cela. Les Imaginales ne nous font pas l'honneur de ta présence, tu m'en as parlé, je n'ai pas répondu, je réponds ici : j'en suis dépitée. Mais ils y reviendront.

    Pardon pour ce long pavé introductif, mais il n'est pas toujours évident en salon d'exprimer un ressenti avec le bruit, l'émotion ... ton univers me touche aujourd'hui encore plus à l'époque.

    J'ai une crainte, c'est ce prologue lourd de regrets ... est-ce un avenir fantasmé ou cette tristesse et cette solitude attend-elle réellement nos personnages, ou est-ce un avenir fantasmé et redouté par Cerdric ? Tu ne pourras peut-être pas répondre... mais cette question me hante à chaque fois que j'ouvre Source des tempêtes.

    Une question peut-être personnelle (il faut croire que j'aime les défis, et courir le risque de ne pas obtenir de réponses), mais j'ai l'impression que ces derniers mois, tu réussis enfin à vivre ton statut d'auteure plus sereinement, grâce notamment à ton entourage professionnel... est-ce cette fois-ci mon propre fantasme ou la réalité ?

    Encore merci pour ce monde et ce langage si riches !


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    1. Merci infiniment pour cette très belle réponse. J'aurais aimé trouver ces mots pour parler de la recherche de l'amour.

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    2. Je n'ai pas trouvé de lien vers un blog te concernant pour te linker. Il est toujours temps si tu le désires ;)

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  2. Bonjour Nathalie, je reviens après avoir lu Bois d'Ombre.
    Enfin, presque, puisque je comptais survoler Source des Tempêtes avant de lire la suite, et puis finalement j'ai été à nouveau capturé par l'histoire et je l'ai relu intégralement avant de passer au tome 2 !
    Et dire que je pensai avoir vu nos héros souffrir, ouch, quel choc que ces études chez les magiciens ! J'espère qu'ils auront un peu de répit dans le futur mais je ne suis guère optimiste, qu'en dis-tu ?

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  3. Re-bonjour Nathalie. J'avance ...le tome 1 est lu et le deux bien entamé. Comme Olivier, j’ai besoin de lire sur un assez long moment pour ne pas perdre ma concentration et rentrer dans cet univers dense, je trouve cette deuxième partie beaucoup plus dure à lire et beaucoup plus sombre, elle est pleine d’anecdotes et de petites histoires dans l’histoire qui permettent aux personnages de se densifient. C ’est presque un récit à deux vitesses, deux niveaux, je ne sais pas si vous serez d’accord ? le premier qui est assez classique dans le déroulement de l’histoire et de la quête des protagonistes, et le deuxième, basé sur la psychologie des personnages, qui est pour moi, beaucoup plus complexe et intéressante. Vous poussez très loin votre étude des personnages, votre précision à les décrire et votre faculté à percevoir leurs pensées, tout cela me fait mieux comprendre le rapport que vous semblez entretenir avec Ceredawn depuis 30 ans, c’est presque une histoire entre lui et vous… vous et lui, enfin, n’y a t il pas osmose parfois ?
    Le paradoxe de ce personnage est déconcertant, il parait un jeune enfant déstabilisé par ses émotions et soudain, on le sent emprunt d’une maturité exceptionnelle qui fait presque peur. J’avoue me perdre un peu dans les démonstrations de puissance et de retenue mais la plume est belle, je reste attentive… J’ attends avec impatience le passage ou Ceredawn va enfin connaitre les épreuves de ce « fameux » Bois d’Ombre … J’y arrive doucement.

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  4. Bonjour Nathalie,

    Au Salon Imaj'nère d'Angers de ce week end, j'ai eu l'occasion de rencontrer un de mes auteurs fétiches en la personne de Thomas Geha et en parlant de ces différents ouvrages, il a évoqué une Anthologie qui lui est chère et une auteure qui fait son admiration dans l'Anthologie "Lancelot"....une certaine Nathalie Dau.... Pour lui ta nouvelle "Le Donjon Noir" est tout simplement la nouvelle absolue. Et me voilà achetant avec fureur l'Anthologie ci-dessus nommée et de dévorer "Le Donjon Noir"... Je confirme que c'est un bijou, as-tu éprouvé un vrai plaisir à te plonger dans le côté obscur d'Arthur, Guenièvre et Lancelot comme de la Table Ronde ? Commets-tu de nombreux autres textes dans des Anthologies de ce genre ? Qu'est ce qui t'a poussé à adhérer à ce projet ? Quelles sont tes motivations à le faire ? dans quel registre ? et ces nouvelles éparses sont-elles des prémices à tes propres ouvrages ? Je pars une semaine au Tyrol et prends soigneusement les deux premiers tomes de cette série si prometteuse ... à très vite.

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  5. Bonjour Nathalie
    J'arrive une fois ce mois de bien entamé, et prends enfin le temps de découvrir ta présentation...
    Oh, que je comprends mieux ton talent pour faire naître les émotions les plus diverses en nous ! Quelle sensibilité se dégage de ces lignes !
    Alors, ma première question... Même si j'ai une bonne idée de ta réponse : vais-je autant souffrir avec Bois d'ombre qu'avec Source des tempêtes ? Gare à toi, car je compte le commencer dans le train...
    Merci pour tout !

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  6. Bonjour Nathalie,
    J'ai fini Source des Tempêtes hier. J'ai été emportée, chamboulée, déchirée, mais j'ai adoré ma lecture, vraiment ! Tout cela parce que je me suis énormément attachée aux personnages (et à Cerdric autant qu'à Ceredawn, ce qui ne semble pas toujours être le cas) Ma première question va d'ailleurs être au sujet de Cerdric et sur votre choix d'en faire le personnage principal du premier tome. J'ai trouvé cela osé de donner tant de place à cet anti-héro et de s'attarder sur tout le pathos de son histoire. Surtout que, au final, c'est Ceredawn qui semble le plus important dans l'histoire et dans votre cœur. Alors pourquoi avoir choisi de mettre en avant les mémoires de Cerdric ? (Mais ne vous méprenez pas, de mon côté j'ai vraiment adoré suivre tous les détails de la vie de Cerdric, j'ai adoré ses défauts et j'ai énormément souffert avec lui. Comme vous l'expliquez si bien en réponse à la question d'Aurélie, il est terriblement en manque d'amour et c'est ce qui a fait que je me suis énormément attaché à lui.)
    J'avais de nombreuses questions en tête, de nombreux "pourquoi ?" mais votre présentation m'a vraiment permis de vous connaître et de comprendre beaucoup de choses.
    Bref, je crois que je vous adore ! même si je ne suis pas très sûre de survivre à la suite du parcours de Cerdric et Ceredawn hihi
    Merci pour tout !

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