jeudi 22 juin 2017

LE RÉSEAU MERMOZ de Laurent Whale




LES RATS DE POUSSIÈRE # 3


Éditions Critic
440 pages
20 euros


4ème de couv :

« La nuit africaine bruissait et, dans l’air marin, flottait cette odeur indéfinissable qui faisait de ce continent une planète étrangère. Un monde à part, déroutant et fascinant à la fois. Un pays de cocagne où se côtoyaient au quotidien des destins fabuleux et une misère insondable. »

1930. Jean Mermoz décolle pour la première traversée de l’Atlantique, alors que, dans la nuit, rôdent les espions nazis.
1944. Lors d’un vol de reconnaissance en vue du débarquement allié en Provence, Antoine de Saint-Exupéry est abattu en plein ciel.
De nos jours. Une lettre au tampon de l'Aéropostale est mise en vente sur la Toile. Israéliens, Russes, islamistes et Français se déchirent sur fond de guerre des gangs. Marseille est en feu et Dick Benton devra prendre tous les risques à la tête des Rats de poussière.
Mais quels secrets contient donc ce courrier venu de la nuit des temps ?




Voici donc la troisième enquête de Richard Benton, cet ex-agent du FBI, et ses Rats de poussière, et le moins que l'on puisse dire c'est que le sieur Whale nous propose toujours plus fort. Toujours basé sur le même principe, avec un fait historique bien ancré dans les mémoires de tout un chacun. D'abord Billy-the-Kid, puis Robinson Crusoé. Ici l'auteur va nous parler de Jean Mermoz. Ce célèbre aviateur français qui a effectué le premier l'exploit de la traversée de l'Atlantique, reliant l'Afrique du nord au Brésil quelques années après l'exploit de Lindberg qui lui avait relié New-York à Paris en 1927 (Source Wiki). Personnellement je me souvenais seulement de son appartenance à l'Aéropostale et aux débuts mythiques de cette dernière. 

Bref, Laurent Whale va prendre cette légende sur pattes, le mettre aux côtés du non moins mythique écrivain Antoine de Saint-Exupery, adapter l'Histoire à sa sauce et nous balader entre hier (1930 et 1936) et aujourd'hui (2015) avec les Rats de poussière. Et comme toujours, c'est addictif. Ces derniers traquent une lettre de 1936 qui a resurgi récemment, mise en vente sur ebay par un petit zonard des quartiers nord de Marseille. Une lettre qui pourrait changer toute la donne politique actuelle et créer un désordre certain. 

J'ai trouvé Le réseau Mermoz encore plus prenant que les deux précédents, et ce pour plusieurs raisons : 
- La première c'est que l'enquête va se situer en France, à Marseille. Quand on connait le terrain, les descriptions données sont encore plus visuelles. Marseille intra-muros, la Cannebière et le vieux port, la Bonne Dame qui surplombe le tout, Marseille et ses quartiers "chauds", ses alentours, les calanques, la mer... un avant-goût de vacances pour le lecteur.
- La seconde, c'est que l'enquête va à cent à l'heure, les chapitres sont hyper courts et créent une cadence infernale de lecture.
- Mais la troisième, et sans doute la plus importante, c'est le nombre d'intervenants dans cette affaire. et la narration va changer de points de vue très souvent. Sur place Dick sera accompagné seulement de Maureen, la punkette aux cheveux verts en pétard, et son fidèle bras droit, Morris. Antonia et Andrew sont restés à Washington, l'une derrière son ordi sur-boosté, l'autre dans ses archives, les deux en soutien logistique. Mais il n'y aura pas que les Ricains pour courir après ce courrier. Les Russes seront arrivés les premiers sur les lieux. Puis une équipe choc du Mossad, qui de loin est la mieux équipée pour la traque : un vrai James Bond ! 

Et tout ce monde là qui marche malgré tout sur des oeufs dans une France post-attentats, toujours en état d'urgence, avec des flics sur les dents au moindre incident. Et des "incidents", doux euphémisme, il va y en avoir un paquet ! J'avais l'impression de lire un Ludlum ! Laurent Whale aurait pu en rester là des intervenants n'est-ce-pas ? Et bien non, il nous rajoute Daesh qui s'est inflitré au sein d'une des équipes et qui en profite pour fomenter une autre horreur au coeur de Marseille.

De chapitre en chapitre la narration change de camp, c'est un véritable ballet, une valse à mille temps qui nous laisse complètement étourdi lorsque retenti la dernière note. Je ne peux que vous conseiller de rentrer dans la danse avec ce Réseau Mermoz. Les Rats de poussière de Laurent Whale nous propose à chaque fois un roman d'aventure plus palpitant que le précédent, et surtout bien plus actuel qu'un Ludlum ou un Tom Clancy. Je l'avais frôlé avec le Manuscrit Robinson, cette fois ci je l'ai atteint : coup de coeur !




mercredi 21 juin 2017

Interview de Lionel DAVOUST Tome 6




Voici déjà le tome 6, 
vous pouvez retrouver le début de l'interview ici: 



© Elyra C.


Moi, moi, moi… 

Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que ce bruit ? C’est drôle. Ça rappelle les mouettes de Nemo, mais sans le « à » devant. Ça couine et ça piaille, et on dirait même que c’est prêt à rigoler, sans jamais franchir le pas. Une espèce de fausse modestie de pacotille.

Moi, moi, moi… 

Sacré p! de b! de m!, mais d’où ça vient ? C’est continu, tant que je bosse, que j’écris, que je tape. Attends, si je m’arrête un instant d’écrire ce petit texte… Ah, oui, ça s’arrête. Ça fait du bien quand ça s’arrête. Mais là, ça ne s’arrête pas, puisque je tape encore.

      Moi, moi, moi… 

Minute.

Ah, ben oui. Ça vient effectivement de mon… clavier. WTF ? Il est abîmé ou quoi ? Hier, il faisait un bruit parfaitement normal. Et si j’écris autre chose… ? Et puis que je reviens ici… ?

    Moi, moi, moi… 

Fichtrefoutre, alors ça, c’est vraiment bizarre. C’est uniquement en écrivant cette présentation pour Book en Stock que ça me le fait. Dis-donc, le clavier, tu te ficherais pas un peu de ma tronche ?

   Moi, moi, moi… 

Ou… quoi ? Tu me préviens ?

Me préviendrais-tu que toute présentation d’un auteur par lui-même est un exercice éminemment paradoxal, risqué même, car l’écriture est l’une des disciplines où l’individu s’efface le plus derrière l’œuvre, mais où, pourtant, l’ego est le plus développé, car il faut une persévérance digne des plus grandioses mégalomanies pour passer des centaines d’heures sur un même récit, dans une solitude quasi-absolue, et penser malgré tout qu’au bout du compte, ça intéressera quelqu’un ? Et que tu veux ainsi m’éviter de tomber accidentellement dans une logorrhée sans contrôle où, après quatre brouillons ratés, je risquerais d’ériger un monument à ma propre gloire avec la plus honnête des intentions, ce qui serait peut-être excusable, mais fortement gênant pour tout le monde, sans parler de l’ennui que cela ne manquerait pas de générer ? C’est ça que tu me dis, clavier ? Heureusement que je t’ai compris, dis ! Je suis bien content d’avoir regardé tant d’épisodes de Flipper quand j’étais môme, où les humains comprenaient comme par magie aux couinements du dauphin le fin mot de l’histoire trente secondes avant la fin de l’épisode et réglaient tout d’un coup.

Trente secondes, il se trouve que c’est exactement le temps qu’il me reste pour remercier Dup et Phooka de nous héberger tous collectivement pour ce mois. Car cela me touche beaucoup et me fait très plaisir que nous puissions nous rencontrer et discuter ainsi. Merci !

Et je suis bien content aussi, finalement, d’avoir ce clavier qui couine. J’espère arriver à t’écouter aussi longtemps que possible, copain. Tiens, voilà une sardine !
Hum.
Bien. Super. Non, mais, OK, d’accord.

Maintenant, il y a une sardine sur mon clavier. 






********************



Olivier BIHL :


Et bien pour de l’interview, c'est du lourd... entre la masse de questions très structurées et des réponses toute aussi fournies, on a intérêt à s'attacher au bastingage (et oui j'ai presque fini Port d'Âmes d'où cette fine utilisation de la métaphore marine lol ...) Ce qui me frappe dans tes récits, ce sont les détails et un vocabulaire d'une grande densité et des néologismes nombreux, j'avoue que je me perds parfois, à combien estimes tu ton propre champs lexical? un dictionnaire Davoust est-il prévu avec cartes, personnages, mythes? En ne restant que sur Port d'Âmes, c'est le registre de la littérature classique dans ses grandes thématiques (à la Racine ou Corneille et leur glorieux ancêtres grecs et latins) ; l'honneur avec un grand H, la morale, le rôle du Père.... bref est-ce que ces auteurs ont aussi eu ta faveur un moment ? Comme l'indiquait une des nombreuses questions précédentes, la poésie ... est importante dans ce Port d'Âmes, je connais peu d'auteurs de ton registre qui possède à ce point le sens de l'art poétique... as-tu des auteurs de prédilection sur ce créneau ?


Lionel :
Hey, content que tu passes un bon moment ici avec ce Mois de, si on discute, c’est pour le faire pour de vrai :) 

Quand tu parles de champ lexical, c’est autour d’Évanégyre ? Je n’en ai aucune idée, j’avoue. Je ne compte pas… Et je ne peux même pas te donner de compte, entre autres parce que je suis dans le processus de réorganiser et centraliser mes notes (plus de quinze ans de notes, argh) sous une seule et même forme cohérente fournie par l’informatique moderne. Quand j’ai besoin d’une information, je sais où aller la chercher entre mes différents systèmes, mais c’est loin d’être optimal, et tout remettre en forme est un chantier de long terme. 

Concernant un possible dictionnaire, je réfléchis depuis un moment à la possibilité de mettre un « compagnon » à l’univers en accès gratuit sur le site, une sorte de portail / wiki, mais je n’ai pas encore trouvé la bonne forme. En fait, j’ai deux contraintes principales : d’une part éviter de trop figer dans le marbre des choses que je veux laisser en friches, d’autre part éviter de spoiler – pardon, divulgâcher ;) Or, des tas de choses peuvent subtilement représenter des spoilers ; l’évolution d’une graphie, un changement de nom… Mais même, aussi, imaginons que je parle d’un mythe sur un tel portail, mais que je doive le redéfinir dans un récit parce que ça servirait à l’histoire – ne serait-ce pas lassant pour le lecteur qui connaît déjà ? Je veux que les récits soient, et restent, le cœur même de l’univers, et cela implique de bien réfléchir à la forme d’un tel « compagnon ». Je suis très méfiant, de manière générale, envers les « Annexes » des univers, et de fantasy tout spécialement. Je contrôle donc leur prolifération avec le plus grand soin (il y en a dans La Messagère du Ciel, mais ce sont davantage des aide-mémoire). 

Alors, ce qui est envisageable au stade actuel de la réflexion, c’est : une chronologie et un dictionnaire des termes de l’univers. Ça, c’est relativement peu risqué. Ensuite, à voir. Les seules cartes possibles seraient seulement locales (on peut imaginer celles de Port d'Âmes et de « Les Dieux sauvages », et je pourrais joindre les croquis de celle de La Volonté du Dragon). Et puis quelques articles en passant comme je l’ai évoqué dans les réponses précédentes sur la géographie, l’approche du monde, le répérage ? 

Sur la littérature classique : j’ai un rapport équivoque avec elle. J’ai été avant tout un enfant de la contre-culture et de la littérature populaire, et j’ai découvert, de mon propre gré, et pour le plaisir, les classiques assez tard, avec, disons, une impatience déjà bien formée. ;). Toutefois, oui, j’ai beaucoup d’admiration pour les dramaturges de la grande époque, surtout pour leur maniement époustouflant de l’alexandrin et la musique de la langue. J’ai toujours considéré cela comme des prouesses absolues. De même (mais deux siècles plus tard), je n’ai jamais réussi à aimer Hugo romancier (même si je lui rends mille fois hommage comme monstre sacré), mais Hugo dramaturge, Hugo poète, c’est extraordinaire pour moi. Et aussi Rostand, notamment avec l’Aiglon, qui m’a beaucoup influencé quant à ma vision de la guerre quand j’étais môme. 

« Vous regardez ce gris qui de bleu se ponctue,? 
Non. 
Que regardez-vous ? 
L’épingle qui le tue. »
(Tout ça parlant d’un papillon sur une planche de naturaliste. Comment ça déboîte. Ahem, pardon.)

Merci infiniment pour ton appréciation de la poésie de Port d'Âmes ! Pour les influences en la matière, j’en ai un peu parlé dans une question précédente, voici donc un complément, du coup : en langue française, ce sont effectivement plutôt les dramaturges qui me parlent. En fait, pour tout dire, en matière littéraire, je picore beaucoup ce qui m’intrigue çà et là plutôt que fouiller un domaine. (Ce qui me donne une culture que je considère toujours un peu lacunaire, pour être très honnête, je ne suis spécialiste de rien du tout, il y a juste des choses qui me parlent dans tous les horizons.)



Amarüel :


Bonjour Lionel ! J'aurai donc quelques lectures avant d'atteindre cette nouvelle dédiée aux Anges mais une certaine hâte me tient :)

Il est vrai que je n'ai à aucun moment remis en question la "véracité" des moments transférés... Hum... L'interprétation d'un événement est effectivement bien subjective, dans ce cas les émotions brutes ressenties par Rhuys lors des Transferts ne seraient qu'une interprétation pure de ce que la vendeuse a elle-même ressenti au moment de l'événement. Mais peut-on vraiment interpréter quelque chose que l'on n'a jamais connu ? Comment Rhuys fait-il pour interpréter l'obscurité, s'il n'a jamais expérimenté la chose ? Il ne ferait qu'extrapoler, non ? Le transfert, ces événements qui rentrent en écho avec les expériences du 'receveur' et qui viennent renforcer ou réveiller un sentiment enfoui en lui.

Ah oui et puis tu parles de magie mémorielle donc le transfert ne se limite pas qu'à un transfert de "données" émotionnelles mais s'accompagnent de fragments de mémoire. (Bon ça, j'en saurais plus avec les autres récits et reviendrait à la charge lors de salon ;))

/!\GROS SPOILE/!\

Donc quand Vibeka est quasiment catatonique à la fin du roman, elle a donné tous les événements qui l'ont construite. Elle doit 'redémarrer', mais dans ce cas est-ce seulement envisageable ? J'avoue n'avoir eu que peu d'espoir à la fin du récit la concernant. Son esprit en tant que Vibeka s'est disséminé aux quatre vents, elle 'est' présente dans tous les clients qui ont bien voulu d'un peu de tristesse et n'est plus dans ceux qui ont vite oublié. Pendant tout le récit c'est une mort déguisée que tu nous as dessiné la concernant ! RHAAAAAAAaaaaaaaa (bon d'accord son enveloppe corporelle demeure mais le personnage n'est plus, étant donné qu'il est impossible qu'elle redevienne elle-même).

Bon avec tout ça je n'ai pas vraiment posé de questions : Stranger Things, si tu as eu l'occasion de mater cette série, tu en as pensé quoi ? Ça change de Flipper, c'est sûr ! (rien à voir avec la choucroute donc).



Lionel :

Re ! Et : hmmm. J’aime beaucoup lire tes spéculations, c’est génial de voir que cela peut te faire réfléchir à ce point ! Mais là, si j’ai une idée très précise de comment ça marche, je pense que c’est le moment où je dois gracieusement m’incliner et sortir discrètement par la coulisse… Je pense que ces hypothèses appartiennent à l’investissement de chaque lecteur dans l’histoire, et il ne me revient pas de dire « c’est x ou y » dans ce contexte, de casser le jeu de la réflexion, qui est tout une partie du plaisir, je pense. Tu me diras si La Route de la Conquête t’a donné des éclairages complémentaires :) Et je reviendrai forcément encore à ces magies mémorielles, à Aniagrad ou ailleurs. À chaque fois, cela me permet de creuser davantage toutes ces questions, et de donner un tableau plus complet de la façon dont je les vois. 

Tout le monde me dit que je dois voir Stranger Things, mais je ne m’y suis pas encore mis ! En ce moment, je suis surtout dans la nouvelle saison de Twin Peaks que je suis religieusement (je suis un grand fan de la série d’origine, que j’ai vu lors de sa diffusion sur la 5 au fur et à mesure… ça nous rajeunit pas)



Phooka :
Bonjour Lionel,

Te verrais-tu (ou as tu déjà fait) écrire sur commande? Avec un sujet imposé, une trame décidée?

Et te verrais-tu écrire dans un autre domaine (qui ne soit pas SFFF ou thriller)? De la romance en Évanegyre ...



Lionel :

Ça dépend de ce qu’on appelle sur commande. Les sujets imposés, c’est le cas de la majorité des anthologies, et je le fais depuis des années, toujours avec plaisir ; parce que je vois la contrainte comme une façon de sortir de sa zone de confort, d’expérimenter des directions qu’on n’aurait pas forcément empruntées, et il en sort des choses très intéressantes, je trouve. Avec une trame ? Pourquoi pas, aussi. Un jour, on m’a proposé une novellisation de jeu vidéo, ce que j’ai dû décliner à mon grand regret pour cause d’agenda trop chargé. Mais ma première réaction a été « oui, super cool ! » 
En fait, le secret des thèmes, des trames, des commandes – et j’ai vu tous les vieux briscards le faire –, c’est de conserver suffisamment de marge de manœuvre pour s’approprier la contrainte et en faire quelque chose d’hybride, qui puisse t’appartenir réellement ; de la « subvertir » pour qu’elle devienne la tienne et que tu sois content du tour que tu lui donnes. Orson Scott Card en donne un excellent exemple dans l’adaptation d’Abyss, c’est réellement un objet « roman », qui fait des choses que seul un roman peut faire, au lieu d’être un bête décalque du film. Une trame, un thème, doit fonctionner à mon sens de la sorte : c’est une boîte de Lego dont on va faire quelque chose qui nous appartient, avec les briques qui sont fournies. 

De manière générale, oui, je suis prêt à écrire des tas de choses, même si je gravite toujours vers l’imaginaire de façon plus ou moins prononcée. J’ai quelques idées de romans de littérature blanche (bon, OK, je triche, de réalisme magique) depuis un moment. Mais je pense qu’il me faut toujours une trame avec des enjeux forts, un univers narratif qui surprenne et qui stimule, et une véritable histoire. Pour moi, selon mes codes et mes goûts, ça ramène toujours à la SFFF de près ou de loin, potentiellement hybridée ou méconnaissable, mais avec un jeu sur le réel. Le truc que je ne me vois absolument pas écrire, c’est toute cette littérature blanche très en vogue en ce moment, celle qui se regarde le nombril en parlant de la mort de son grand-père pendant 150 pages en marchant dans l’herbe et en regardant les nuages. À moins d’un immense talent, c’est pour moi l’expression même de la vacuité, ça me donne envie d’aller mourir aussi, alors je ne crois pas que je pourrai réussir à y intéresser mon lecteur si j’en écrivais. Aujourd’hui, en tout cas. 

De la romance en Évanégyre, tu en as un soupçon dans Port d'Âmes :p Faire d’autres types de récits, explorer d’autres domaines, oui, bien sûr, mais il me faut toujours une part d’extraordinaire, je crois. Qu’on me montre que ce que je lis (et donc, cette attitude se retrouve dans l’écriture) a une forme de portée. C’est la pièce maîtresse. Les divagations sur la mort d’un grand-père pendant 150 pages en marchant dans l’herbe et en regardant les nuages, c’est justement dépourvu de portée pour moi, à moins, encore une fois, d’avoir un immense talent, mais il est bien rare. 






Aely Nah 


Bonjour Lionel,

Souvent dans la fantasy les scénarios alternent les points de vue, comment faites-vous, les auteurs, pour faire avancer vos personnages dans ce cas?

Vous préparez un plan avec les chapitres de chaque personnage puis vous écrivez tout l'un d'abord puis tout l'autre ou chacun prend sa place petit à petit?

Que se passerait-il si un lecteur décidait de ne lire d'abord qu'un personnage??

J'ai mal dormi lol ce sont les questions supra existentielles qui en sont ressorties lol, désolée ;)

Et sinon j'ai commencé la messagère du ciel et j'aime beaucoup même si, au vu que quelques événements persos, je suis moins assidue que je ne le souhaiterais. Mais l'évasion est là en tout cas et j'en ai besoin.




Lionel :

Merci Aely, et je suis content que La Messagère du Ciel t’offre un peu de détente dans ce contexte. Bon courage pour ce que tu traverses. 

Je ne peux m’exprimer que dans mon cas pour l’alternance des points de vue, chacun travaille différemment. Pour moi, c’est un mélange de planification et d’improvisation totale. En gros, j’ai la trame des événements ; je sais dans les grandes lignes ce qui arrive dans le monde, à qui, je m’assure aussi que tout le monde ait bien quelque chose à faire, des enjeux, des conflits (sinon, le personnage ne mérite pas un point de vue à part entière, s’il ne fait que « soutenir » l’intrigue). Si une ligne narrative me paraît faible, j’y réfléchis pour voir comment la renforcer dans le respect de l’ensemble. Il m’arrive aussi de savoir qu’un personnage mérite un point de vue, mais de devoir passer pas mal de temps avec lui ou elle pour déterminer où il ou elle va (et ce genre de contrainte peut faire émerger des histoires imprévues et très intéressantes ; j’ai parlé plus haut de l’intérêt de la contrainte pour sortir de sa zone de confort). 

Après, dans l’écriture, je sais rarement au-delà de quelques scènes, voire chapitres, comment les événements vont s’enchaîner dans le détail. Le choix du point de vue est fonction de quelques principes simples (pour un événement donné, on va plutôt prendre celui ou celle qui risque le plus gros, car c’est là que se trouve la tension narrative et donc l’intérêt de l’histoire) mais il y a aussi, pour moi, une question de ressenti, de ce qui s’impose. Les récits choraux (à multiples points de vue) ont ceci de génial que tu peux jouer bien plus facilement avec la tension narrative que sur un personnage unique. Tu peux t’attacher seulement à ce qui compte, passer sous silence les moments peu intéressants pour aller voir quelqu’un d’autre, créer la surprise, insérer de la tension narrative en laissant un personnage de côté intentionnellement pendant un moment… c’est beaucoup plus complexe parce que tu joues avec bien plus de lignes scénaristiques et ça peut être assez compliqué de tout faire tenir en un seul tenant sans rien laisser tomber, mais je trouve ça vraiment ludique à écrire comme à lire. Du coup, pour ma part, au jour le jour et de scène en scène, je me dis : qui n’ai-je pas vu depuis un moment ? Qui est le point de vue le plus intéressant pour cette scène ? Quel est le chemin parcouru jusqu’ici en terme d’ambiance, de rythme, d’enjeux, et, comme un voyage musical (on y revient), qu’est-ce qui ferait sens à ce moment donné ? On accélère, on ralentit, on change de thème, on casse intentionnellement les attentes, etc. ? 

Quant aux conséquence de ne lire qu’un seul personnage, cela dépendrait énormément du livre dont on parle, je pense. Mais je crois que ça reviendrait à ne manger que les olives, le maïs ou les carottes dans une salade. C’est bon tout seul, mais si tu manges une salade, c’est justement pour l’équilibre des saveurs, et l’équilibre narratif d’un livre choral se compose généralement sur l’ensemble des points de vue, des trames narratives, avec des atmosphères, des rythmes et des enjeux de nature différente. Du coup, tu peux manger un seul ingrédient de la salade, et il sera peut-être très bon, mais tu te prives de la salade, quoi. C’est un peu dommage. :) 






Licorne :


Ben c’est pas la moitié d’une réponse ça, merci Lionel. Ta vision des choses est sereine et cette humilité est toute à ton honneur !

Si une dame « Licorne » se présente à ton stand au chateau de Comper, tu ne seras donc pas surpris, et ce ne sera pas « si incongrue » que ça d’ailleurs au pays de l’imaginaire Arthurien ! je vais faire mon possible pour venir te saluer et continuer cette discussion intéressante sur le pâté !

En attendant je vais travailler sur la chronique de ton livre !

Tiens d’ailleurs, est ce que tu te balades sur les blogs pour connaitre un peu ce qui se dit sur tes romans !?

Belle journée



Lionel :


Merci beaucoup dame Licorne ! Et merci pour ta lecture et ta chronique ; puissions-nous envoyer conjointement du pâté. (Ahem)

Oui, je lis les chroniques, et j’en relaie pas mal sur les réseaux, d’ailleurs. En fait, presque tous les auteurs se baladent sur les blogs pour voir ce qui se dit. (Presque tous les auteurs savent presque tout ce qui se dit sur eux.) C’est une façon pour nous pour voir comment les choses sont reçues, si ce que l’on a voulu passer a été compris, ce qui a pu marcher ou non. En revanche, je ne laisse pas ça m’influencer dans le processus d’écriture. De même, je n’interviens jamais dans les débats, et je ne réponds jamais aux critiques, qu’elles soient bonnes, tièdes ou mauvaises. Je n’ai pas à le faire (même s’il m’arrive d’en bouffer mon clavier quand j’écope d’une mauvaise chronique parce qu’on a envoyé mon tome 3 a quelqu’un qui n’a pas lu les deux premiers, et que cette personne débine le bouquin sur cette seule base sans jamais parler du contenu – quel intérêt, sérieusement ?). Il s’agit la plupart du temps d’avis de lecteurs, et un avis, c’est un avis, avec toute la valeur subjective qu’il peut avoir, et ça ne se discute pas, tout simplement ! 

Je tique davantage, en revanche, quand je vois des papiers qui se targuent de refaire le travail de l’auteur ou de l’éditeur à sa place, ou de la provocation facile pour se donner un genre – ce qui est le mal d’Internet, bien sûr (J’en avais parlé là http://lioneldavoust.com/2017/la-ou-la-critique-sarrete/ ) C’est heureusement, bien sûr, minoritaire, mais je vous assure que si les auteurs n’en disent jamais rien parce qu’ils n’entrent pas là-dedans, intérieurement, ça les blesse et ça les met pas mal en colère. Ce n’est pas le fait qu’on ait pu ne pas aimer un livre ; cela, c’est le risque du métier ; les goûts, les couleurs, etc. C’est parfois le manque de respect (voire la bêtise) qu’il nous arrive de rencontrer qu’il est difficile de digérer, puisqu’il est impossible de répondre sans passer pour un gros aigri incapable d’entendre la contradiction. L’auteur a toujours tort dans ces cas-là. Il a tort dès qu’il envisage la démarche de répondre, de toute façon : comme je l’ai dit, il n’a pas à rentrer dans un tel débat. (J’en connais qui ont arrêté de lire tout net les chroniques pour cette raison et éviter de se mettre potentiellement la rate au court-bouillon.) 

Ça ne vous concerne évidemment pas vous qui est êtes ici, car vous êtes des gens super ! Et merci, d’ailleurs…




Snow : 

Me revoilà !

Bon les évènements actuels font que j'avance peu dans ma lecture, mais ça avance ^^

J'ai été réveillé (littéralement) cette nuit par une question existentielle sur tes livres.

Pourquoi seul le premier tome de Léviathan est en poche (ça n'a pas assez fonctionné pour sortir la suite ? )

Et pourquoi seul Port D'Âmes est aussi en poche ? (les autres mériteraient aussi d'être "pochisé" et atteindre un nouveau public ;) )



J'imagine bien que la version poche n'est pas forcément de ton ressort mais, j'ai une impression générale comme quoi l'imaginaire a du mal à sortir en poche (et donc reste assez peu abordable... parce que oui c'est cher un GF) , même si du coup le numérique y est plus "démocratisé" et abordable ^^ Mais comme tout le monde ne lit pas encore en numérique (ou ne veut pas se lancer ;) ) Je me pose la question.



Lionel :

Holà, faut pas te réveiller pour ça ;) 

Alors, effectivement, ça n’est pas du tout de mon ressort, hélas. L’éditeur grand format détient les droits, et c’est lui qui représente le livre pour une éventuelle réédition en poche (et crois-moi, il fait tout pour y parvenir, car c’est dans son intérêt). Il faut savoir que la sortie en poche d’un livre est loin d’être automatique ; il faut qu’un éditeur poche s’y intéresse pour le ressortir. Et donc, il y a des discussions commerciales et des négociations entre éditeurs. 

Je ne vais pas parler de la qualité des bouquins et de leurs chances de republication en poche (je suis le plus mal placé pour ça !), mais, sur l’aspect purement commercial, il y a peut-être quelques éléments de réponse. Tout bêtement, Port d'Âmes est le livre le plus facile à vendre, parce qu’il correspond le plus à un format répandu : c’est un roman de bonne taille et il est indépendant. De plus, sa publication a coïncidé avec un moment où mon travail commençait à être vraiment remarqué. Cependant, avec la notoriété de l’univers, on peut bien sûr espérer que La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête (et « Les Dieux sauvages » aussi, mais là c’est trop tôt pour y voir clair) soient repris aussi ! La meilleure manière de soutenir la sortie en poche d’un livre, c’est d’acheter le grand format pour en faire un succès, paradoxalement. 

L’imaginaire est quand même plutôt bien représenté sous ce format, je trouve. On a de prestigieuses collections bien ancrées (Folio, Le Livre de Poche, J’ai Lu), d’autres chez les indépendants (Milady, Helios, maintenant la petite Dentelle chez l’Atalante…). Il me semble que l’imaginaire n’y est ni plus ni moins bien représenté qu’ailleurs – pour ma part, j’aurais peut-être même dit mieux qu’en grand format, vu que c’est traditionnellement du roman populaire. (Après, la représentation de l’imaginaire au sens large dans les médias, c’est un tout autre débat.)

Sur la sortie du premier Léviathan en poche, ça reste un mystère pour moi sur lequel j’ai fini par lâcher prise. A la base, Points devait prendre la suite, mais ça ne s’est pas fait, et je n’ai jamais vraiment eu d’information claire à part un stand-by à durée indéterminée (c’est en tout cas ce que, de mon côté, j’en ai compris). Il y a eu un peu de lobbying de la part de lecteurs pour avoir la suite, mais ça n’a pas donné de retombées de mon côté. Je n’en sais pas plus. 


Amarüel Tribulation :


Hello Lionel !

Question toute bête : le nom de Rhuys, une référence à la presqu'île ?




Lionel :


Bien vu, c’est un clin d’œil, oui. Je voulais que les noms rhovelliens aient une inspiration partiellement bretonne, et c’est aussi une référence à un RPG que j’ai adoré sur Megadrive quand j’étais môme, Phantasy Star III, dont le héros s’appelle « Rhys ». Pour mon premier vrai, long roman de fantasy, j’avais envie de faire un petit hommage à cette autre histoire qui avait bercé mon adolescence. :) 





Dup :


Autre question toute bête : d'où vient le nom d'Évanégyre ?


Lionel :


Ça, c’est plus compliqué :) 

C’est un mot qui s’est plus ou moins imposé très tôt dans la construction de l’univers. Je ne savais même pas encore si c’était l’univers ou un lieu. Alors il se trouve que c’est la planète, mais aussi – ça n’est mentionné nulle part pour l’instant – une île sur la planète. Le nom sonnait bien, il m’évoquait la magie, un monde, alors je l’ai adopté d’abord comme nom de code pour le projet, puis comme appellation établie. Je n’ai vraiment décomposé ce que mon inconscient m’avait servi que des années plus tard : c’est une composition entre « évanescence » et « gyre ». Un gyre, en océanographie, ce sont les grands courants océaniques dominants qui régissent la circulation des eaux dans tout un hémisphère ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Gyre_océanique ). Cette giration m’évoquait la lente rotation des âges, quant à l’évanescence, c’est la fugacité, mais aussi pour moi la magie, la féerie, l’inexplicable. Évanégyre, c’est donc, étymologiquement, la « planète évanescente », ce qui colle aussi bien à la succession de ses âges qu’à son statut de création fictive, changeante, une illusion qui s’affine ou se dérobe selon le point de vue qu’on en a, auteur ou lecteur. 






paikanne :

Bonjour,

Je m'en viens (enfin) déposer le lien de mon billet sur Port d'Âmes et me voici en train de lire un roman dans ce "mois de..." ;-)


Licorne :

Mon billet sur Port d'Âmes





Lionel :


Merci beaucoup à vous deux ! Je suis ravi que la lecture ait été une bonne expérience pour vous et que vous ayez été sensibles au discours et au style. Et également que vous ayez été touchées par le parcours et l’histoire de Rhuys. Je me rends compte avec les années que ce roman fait grandement appel à la sensibilité du lecteur, à sa capacité à la contemplation et à l’introspection. Si l’on aime ce genre d’ambiance, on marche, mais c’est un choix narratif assez résolu qui ne parle pas forcément à tout le monde. Je suis vraiment très content, donc, que ça vous ait parlé à vous !


Défi des 4 AS : Challenge allégé pour l'été






On efface toutes les règles précédentes et on enchaîne avec celles ci :


La règle pour cet été est un peu « spéciale », on fait plus léger. Je vous laisse toujours 4 choix, mais vous devez en prendre deux par personne, pour tout le monde, pas PLUS, pas MOINS : 1 défi principal et 1 défi en option sur 4 mois et non 2 ! Vous prenez les défis que vous voulez sans être obligé de vous les répartir pour le point bonus ! Il y aura toujours ce point bonus mais uniquement si toute l’équipe a remplit ses 2 défis. SIMPLE ! non !


DEFI 1 : Un livre dont le titre ou la couverture suggère "nettement" l’été : 5 PT
DEFI 2 : Choisissez une lecture commune avec l’une des joueuses de votre équipe : 3 PT pour chacune qui seront multipliés par deux dés que les 2 avis seront rendues !
DEFI 3 : Lecture de l’imaginaire (fantasy, SF, bit-lit, steampunk …) : 3 PT
DEFI 4 : L’auteur qui vous lirez devra avoir la lettre de son nom ( uniquement) qui commence par J (juillet) ou A (août) ou S ( septembre) ou O ( octobre) : 2 PT


Voilà les 4 défis des 4 mois. ATTENTION DÉPART LE 1 JUILLET... PAS AVANT ...



Je rempile donc avec les trèfles ! Comme dit Kyradieuse : On ne change pas une équipe qui gagne !

A priori pour moi ce sera :

Défi 1 : Spéléo dans la PAL... pas évident de trouver une couv qui corresponde au thème ET qui soit dans ma bibli !




Défi 2 : Une LC avec Stefiebo, dont le titre reste encore à définir.


Pour suivre l'évolution de ce défi, les discussions, les disgressions
les résultats aussi,
c'est par ICI

mardi 20 juin 2017

Les sorties Folio SF de juin 2017








Juin 2017






JEAN-PIERRE BOUDINE
 Le paradoxe de Fermi

Couverture d'Aurélien Police





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FABRICE COLIN
 Big Fan

Couverture de Gérard Dubois




lundi 19 juin 2017

SHARKO de Franck Thilliez




HENNEBELLE-SHARKO # 6



Fleuve Éditions
Collection fleuve noir
575 pages
21,90 euros


4ème de couv :

« Sharko comparait toujours les premiers jours d’une enquête à une partie de chasse. Ils étaient la meute de chiens stimulés par les cors, qui s’élançaient à la poursuite du gibier. A la différence près que, cette fois, le gibier, c’était eux. »

Le lieutenant Lucie Henebelle a tiré sur un homme en dehors de toute procédure. Pour la protéger, son compagnon Franck Sharko, lui aussi flic au 36 quai des Orfèvres, a maquillé la scène de crime. Ils vont récupérer l’affaire. Celle d’un type retrouvé dans sa cave, mort d’une balle dans la gorge.
Y a-t-il plus infernal, quand on est flic, que de devoir enquêter sur son propre crime ?






En bonne aficionados, chaque année j'attends le nouveau Thilliez. Mais j'avoue qu'une année sur deux je flippe : l'année où l'auteur remet en selle son couple récurrent Franck Sharko et Lucie Hennebelle. A chaque fois je pense que je vais me lasser. Grossière erreur. En fait je ne sais pas comment il fait, mais à chaque fois c'est mieux. Plus intense, plus percutant, plus... plus tout quoi ! Gros coup de coeur. Il doit y avoir une belle fibre masochiste chez moi, car chaque année, que ce soit avec ses one-shots ou ses Hennebelle-Sharko, j'attends ma claque Thilliez.

Avec Sharko, le roman, l'auteur va vraiment plus loin. Il balance son couple phare au coeur de l'intrigue, mais pas comme d'hab ! Relisez le résumé, oui, ils enquêtent sur leur propre meurtre. Enfin, celui de Lucie, mais Sharko s'est chargé de la seconde couche afin 1) de maquiller la scène pour qu'on ne puisse pas remonter à Lucie et 2) que le meurtre soit suffisamment dégueu choquant pour que l'enquête soit directement confiée au 36 et non au commissariat de banlieue dont il aurait dû dépendre. Donc on peut bien dire que c'est leur crime. A la décharge de Lucie, elle a tiré en légitime défense... sauf qu'elle n'avait aucun droit d'être rentrée dans le domicile de ce Ramirez. Qu'y faisait-elle ? Et bien ça, je ne vais pas vous le dire, nanmého !

Mais imaginez donc, diriger l'enquête, magouiller pour falsifier les "perquizes", induire en erreur volontairement leurs collègues, ceux avec qui ils partagent tout. Surveiller en permanence ce qu'ils disent, leurs regards, où ils mettent leurs pieds, et par-dessus tout cela LA CULPABILITÉ. Franck Thilliez va nous décortiquer l'impact psychologique de cette affaire sur ses deux personnages fétiches de façon magistrale, rendant ce roman prenant de bout en bout.

Heureusement pour eux, le meurtre de Ramirez va plonger le 36 dans une affaire de plus grande envergure, avec beaucoup d'autres meurtres qui s'enchaînent. Pour résumer rapidement, le Ramirez était loin, très loin d'être un ange. Pire, il n'était qu'un des piliers d'une sorte de secte mi-satanique, mi-vampirique.

Et comme toujours avec cet auteur, il va plonger l'enquête dans un domaine médical et ça, j'avoue que j'adore ça (mon métier sans doute). A chaque roman il explore un nouveau domaine. C'est creusé, documenté, pointu et passionnant. A chaque roman je me dis que j'aurai aimé l'avoir comme prof, il a un don pédagogique indéniable cet homme, car jamais son discours n'est pontifiant. C'est le déroulé de l'enquête qui apporte l'un après l'autre les éléments nécessaires à la compréhension du sujet qu'il traite, et la leçon passe toute seule. Mieux, elle s'imprime directement.

En résumé, une enquête trapue, dont chaque étape est cruciale et millimétrée par l'auteur, Chaque détail, chaque découverte est importante et apporte une pièce au puzzle monstrueux qui ne se dévoilera qu'à la toute fin. Et durant toute cette longue enquête, 575 pages tout de même, Hennebelle et Sharko dans l'oeil du cyclone, l'angoisse persistante, l'épée de Damoclès bien tranchante au-dessus de leurs têtes. Magistral monsieur Thilliez ! 


Lecture inscrite au challenge Le défi des 4 As de Licorne



Mon défi principal : Le défi N°3

« Lire un policier ou thriller avec un personnage récurrent ( merci de citer le nom du personnage récurrent) : 3 PT»





vendredi 16 juin 2017

CÉLESTOPOL de Emmanuel Chastellière




Les éditions de l'instant
340 pages
22,50 euros


4ème de couv :

Célestopol, la cité lunaire, la perle de l’Empire Russe, la ville de toutes les démesures, où toutes les technologies de ce XXème siècle naissant se combinent pour créer la métropole ultime. Célestopol, où à chaque coin de rue, la magnificence de ses merveilles architecturales rivalise avec l’éblouissement que provoquent ses automates affectés à mille et une tâches. Célestopol et ses canaux de sélénium dont la brume mordorée baigne en permanence la lumière des réverbères. Célestopol, la ville sous dôme, le défi ultime de l’humanité lancé aux étoiles.

Célestopol la rebelle, l’insoumise. Célestopol, où chaque habitant porte en lui une colère, un amour, une tristesse, une vengeance. Célestopol et son duc extravagant, aux pouvoirs sans limites, dont la simple présence est une insulte adressée à chaque instant à l’autorité de la Tsarine. Célestopol, en quête de liberté et d’émancipation, loin d’une Terre qui menace de sombrer dans les flammes.

Célestopol, la ville qui a arraché un peu de l’âme de toutes les Russies et l’a posé sur la Lune.





Wow ! Ceci est une grande première. C'est la première fois que j'apprécie entièrement la lecture d'un recueil de nouvelles. Quand je dis entièrement, cela veut dire que pas une ne m'a laissée indifférente, ni dubitative comme si souvent avec ce format littéraire. Je redoute ces fins abruptes, parfois (souvent) incompréhensibles (pour moi en tout cas).

Ici, rien de tout ça. Nickel, elles passent toutes. Mieux, elles passent comme un roman entier, sans rupture car il y a toujours un petit quelque chose qui les relie. Pourtant même l'ordre chronologique n'est pas toujours respecté... Quinze nouvelles, quinze petites tranches de vie qui ont toutes un lien, soit avec Célestopol, soit avec le duc Nikolaï qui dirige d'une main de fer cette ville, comme tout ce qui se passe sur la Lune. 

Nous sommes au début du XXe siècle, l'empire Russe a écrasé la France. Napoléon et les français se sont enfuis de l'autre côté de l'Atlantique. Là ils ont bouté les anglais hors du continent Américain et ont créé la Nouvelle-France. Depuis, les Russes ont conquis la Lune, découvert une richesse locale, le Sélénium qu'ils exploitent, et construit Célestopol abritée sous un dôme gigantesque de verre et de métal. 

Les descriptions d'Emmanuel Chastellière de cette ville font franchement rêver : une majestueuse St Pétersbourg sous cloche, sillonnée de canaux comme une Venise mais avec ce côté fantasmagorique si bien illustré par Marc Simonetti, car c'est du Sélénium qui y circule et non de la si banale eau. Et donc une sorte de mélange de phase liquide (là, je n'en suis pas si sûre, même si on lit que le casino de Li-Chen y flotte) et de phase gazeuse. On parle surtout de ces vapeurs orangées, fluctuantes, mouvantes, à la fois magnifiques et inquiétantes...c'est selon la nouvelle ! Des belles toilettes, des palais, des parcs, de somptueux immeubles ou demeures en surface, des ouvriers, des laissés-pour-compte entassés dans les sous-sols.

Et une ambiance steampunk, avec des automates partout, bons à tout faire, des tâches ménagères aux plaisirs de ces messieurs, ou dames, dans des maisons closes, chez Hécate pour le gratin. Réparateurs/techniciens sur le barrage de Sélénium à quelques kilomètres de Célestopol, et même en chien de compagnie comme le vieux Isidore, le compagnon de Sergueï, à bout de carburant, et donc en fin de vie. A noter que ce roman (oui, j'insiste) commence par un joli clin d'oeil à Jules Verne, avec un journaliste qui fait le trajet Terre-Lune dans un traversier-obus :))

Le personnage le plus récurrent sera bien sûr le dirigeant de cette ville lunaire, le duc Nikolaï, auquel on s'attache bien vite, quoique... à l'instar de Célestopol, au gré des nouvelles, il nous apparaît tantôt inflexible, intransigeant, tantôt fragile, touchant, mais parfois énigmatique, mystérieux. J'ai adoré cette façon de cerner un personnage.

Ainsi, au gré des nouvelles, c'est toute une galerie de protagonistes que va nous faire découvrir l'auteur. Certains plus que d'autres, comme les deux mercenaires Arnrùn et Wotjek que l'on voit ou entrevoit plusieurs fois. Un tandem original et succulent que cette Islandaise et son ami piégé dans le corps d'un ours brun de 700 kilos de muscles. Lady Tuppence aussi. Mais je dois avouer que même ceux que l'on ne croise qu'une seule fois, je les ai appréciés. Je ne vais pas les énumérer, ce serait trop fastidieux, il ne vous reste qu'une solution, le lire !

Il se dégage de ce roman (je persiste et signe) un maelström de sentiments, allant de l'émerveillement à la frayeur intense, de l'amusement à la tristesse. Un sacré panel d'émotions, mais celle que je retiendrai le plus est la mélancolie de l'ensemble, comme si j'avais lu un recueil de poésie de Baudelaire. Et moi, je me mords les doigts de ne pas avoir craqué, d'avoir joué les timorées aux Imaginales, car ce livre je vais devoir le reposer dans le tas de Phooka, le rendre alors qu'il me manque déjà. J'espère sincèrement que tu seras invité l'année prochaine Emmanuel ! Et surtout que tu continueras à développer cet univers lunaire que j'ai tant aimé. 
Célestopol est un doux coup de coeur.



jeudi 15 juin 2017

LE LIVRE DES RADIEUX Volume 1 de Brandon Sanderson



Le Livre des Radieux, Volume 1
(Les Archives de Roshar, Tome 2)

Editions Le livre de Poche
sortie le 10/05/2017 
896 pages
21.90 euros


Traduction de Mélanie Fazi



Roshar, terre de pierres et de tempêtes. Des siècles ont passé depuis la chute des Chevaliers Radieux, mais leurs avatars, des épées et des armures mystiques qui transforment des hommes ordinaires en guerriers invincibles, sont toujours là.
Au cœur des Plaines Brisées, Kaladin lutte depuis dix ans dans une guerre insensée. Dalinar, le chef d’une des armées, est fasciné par un texte ancien, La Voie des rois. Au-delà de l'océan, la jeune Shallan apprend la magie et découvre certains secrets des Chevaliers Radieux...







896 pages, oui oui, vous avez bien vu! Et c'est le premier volume du tome 2 ... Donc avant de vous en parler, je voulais tirer mon chapeau à Mélanie Fazi pour son travail de traduction. A la fois, pour la quantité de travail que cela représente (je n'ose même pas imaginer), mais aussi -et surtout- pour sa qualité. Traduire l'imaginaire de Brandon Sanderson n'est pas à la portée de tout le monde et elle le fait avec un brio impressionnant.

896 pages donc, qui passent toutes seules, une pure merveille.
896 pages, dont je suis bien embêtée de parler. En effet comment rendre honneur à un tel talent dans une chronique ? Je sais déjà que c'est mission impossible, je vais donc juste vous retransmettre une partie de mon ressenti.

Alors déjà, nul besoin de me replonger dans le tome 1 pour me souvenir des détails (OK, heureusement car du coup ça me faisait 1200 pages de plus à lire ! :)). Quand on me connaît et surtout quand on sait à quel point ma mémoire est défaillante c'est déjà en soit la preuve que cette série est hors du commun.

Il me tardait tellement de retrouver Kaladin, Shallan et Dalinar que dès les premières lignes j'étais dedans. Corps et âme.

Retrouver Kaladin, mon chouchou a été un immense plaisir. Kaladin qui a bien progressé dans le monde des pâles iris, mais qui se retrouve du coup empêtré entre ses devoirs, sa loyauté pour ses hommes, les hommes du pont quatre, et sa fierté. Il doit faire des concessions et ce n'est pas facile. Il perd de sa "brillance". Il a rejoint Dalinar et ces deux là sont fait pour être ensemble, même si le gouffre qui existe entre pâles-iris et sombres-iris provoque forcément quelques craintes ou méfiances. Ils se sont trouvés, mais ne s'accordent pas encore totalement confiance. Pourtant ils vont "travailler" de concert pour essayer de protéger le roi et faire que la monde soit meilleur. Mais Kaladin n'arrive pas à se fier totalement à Dalinar et ne lui révèle pas ses capacités. De même que Dalinar ne fait pas part de ses visions à Kaladin. Que de temps et d'efforts perdus à cause d'un antagoniste historique profond entre des hommes pourtant si peu différents.

Et puis il y a Shallan. Shallan si craintive et effacée. C'est elle qui est mis en avant dans ce volume. Elle y gagne une force et une grandeur insoupçonnée. Par flash- back on apprend à connaître sa jeunesse, son père violent au point de tuer sa propre femme, la mère de Shallan donc. Ses frères qui ne peuvent pardonner. L'atmosphère étouffante de son foyer natal.
Shallan, à nouveau orpheline, livrée à elle-même. Elle a bien grandi et elle continue à apprendre. Elle fait preuve d'une adaptabilité énorme. Elle est indépendante, fière, intelligente et dégourdie. En résumé, elle m'épate ! Quelle femme ! Capable de se débrouiller seule -ou presque - perdue dans la nature ou au milieu des camps militaires dans les plaines brisées. Son talent pour le dessin va  révéler bien sûr plus qu'une "simple" artiste. Car elle aussi  a un don. C'est incontestablement le personnage phare de cet opus.

Quand j'écris cette chronique, je réalise à quel point ces personnages "existent" pour moi. Sanderson a un tel talent, qu'il les rend vivants, réels. Kaladin, Shallan et Dalinar ne sont pas seulement des créatures imaginaires, ils prennent vie sous vos yeux. Ils sont vos amis, vos enfants. Quelle force dans l'écriture !

Et quand ils vont enfin tous se rencontrer, on voudrait leur crier d'aller au delà des apparences. On voudrait qu'ils ne fassent pas que se croiser, on voudrait qu'ils se parlent, qu'ils comprennent qu'ils sont liés. Quelle frustration pour le lecteur qui voudrait que "ses" héros voient toute l'ampleur du tableau esquissé par l'auteur ...

Mais ne parler que de Shallan, Kaladin ou Dalinar, serait incomplet car il ne faut pas oublier les personnages secondaires - pas si secondaires que ça d'ailleurs-. Syl, toujours au côté de Kaladin, Moash, Motif que je vous laisse découvrir (je l'adore celui-ci), Adolin bien sûr, le fils de Dalinar, et beaucoup d'autres encore. Certains ne sont encore qu'esquissés à ce stade. Je pense en particulier à Eshonai et à son peuple qui peut adopter différentes formes en fonction de leur "humeur" ou en fonction de leur activité du moment. Bref, encore toute une richesse que Brandon Sanderson met à notre disposition. Quant à Eshonai, c'est sûr qu'elle nous réserve de belles - ou moins belles - surprises.

Et puis, il ne faut pas oublier les décors, ces plaines brisées, ces gouffres, les camps de guerre et surtout ces fameuses armures d'éclats avec leurs fabuleuses possibilités. Rajoutons les sprènes, les tempêtes et puis et puis et puis ...

Depuis le début cette série s'annonce comme un must, LA série de fantasy qu'il faut lire et ce premier volume du tome 2 le confirme. Brandon Sanderson a tellement de talent qu'on se demande s'il est humain. Il entraîne son lecteur derrière lui. Un lecteur bluffé et ébloui qui est prisonnier du récit, de ses personnages, de sa magie et de sa diversité.

Énorme, c'est juste énorme. Comment qualifier un tel roman. Si ! J'ai une idée pour vous donner un aperçu de mon ressenti. Une image: vous savez j'ai des centaines (milliers ?) de livres et je suis une horrible conservatrice, mais si on me demandait de ne garder d'une série. Je n'hésiterais pas une seconde, ce serait celle-ci. Un must je vous dis. J'en suis dingue.



Si vous souhaitez découvrir Sanderson (ce que je ne peux QUE vous conseiller)






mercredi 14 juin 2017

Sortie de AU FOND DE L'EAU de Paula Hawkins



Le second roman de Paula Hawkins, l'auteur de LA FILLE DU TRAIN est dans les bacs !




Sonatine Éditions 
405 pages
22 euros


4ème de couv :

POURREZ-VOUS REMONTER À LA SURFACE ?
Après La Fille du train, le nouveau roman de Paula Hawkins

Une semaine avant sa mort, Nel a appelé sa sœur, Julia. Qui n’a pas voulu lui répondre. Alors que le corps de Nel vient d’être retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, Julia est effrayée à l’idée de revenir sur les lieux de son enfance. De quoi a-t-elle le plus peur ? D’affronter le prétendu suicide de sa sœur ? De s’occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu’elle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu’elle a toujours fui ? Plus que tout encore, c’est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

Julia, Lena, Nel : avec ce superbe portrait de trois femmes en quête d’elles mêmes, aux prises avec les pesanteurs du passé, on retrouve l’infinie compréhension pour ses personnages dont témoignait déjà Paula Hawkins dans La Fille du train. On y retrouve, surtout, sa virtuosité et un talent incroyable pour tenir le lecteur en haleine jusqu’à l’ultime rebondissement, qui marquera tous les esprits.


Moi je dis MIAMM, et je vous en parle très bientôt !

mardi 13 juin 2017

Interview de Lionel DAVOUST Tome 5



Voici déjà le tome 5, vous pouvez retrouver le début de l'interview ici: 



© Elyra C.


Moi, moi, moi… 

Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que ce bruit ? C’est drôle. Ça rappelle les mouettes de Nemo, mais sans le « à » devant. Ça couine et ça piaille, et on dirait même que c’est prêt à rigoler, sans jamais franchir le pas. Une espèce de fausse modestie de pacotille.

Moi, moi, moi… 

Sacré p! de b! de m!, mais d’où ça vient ? C’est continu, tant que je bosse, que j’écris, que je tape. Attends, si je m’arrête un instant d’écrire ce petit texte… Ah, oui, ça s’arrête. Ça fait du bien quand ça s’arrête. Mais là, ça ne s’arrête pas, puisque je tape encore.

      Moi, moi, moi… 

Minute.

Ah, ben oui. Ça vient effectivement de mon… clavier. WTF ? Il est abîmé ou quoi ? Hier, il faisait un bruit parfaitement normal. Et si j’écris autre chose… ? Et puis que je reviens ici… ?

    Moi, moi, moi… 

Fichtrefoutre, alors ça, c’est vraiment bizarre. C’est uniquement en écrivant cette présentation pour Book en Stock que ça me le fait. Dis-donc, le clavier, tu te ficherais pas un peu de ma tronche ?

   Moi, moi, moi… 

Ou… quoi ? Tu me préviens ?

Me préviendrais-tu que toute présentation d’un auteur par lui-même est un exercice éminemment paradoxal, risqué même, car l’écriture est l’une des disciplines où l’individu s’efface le plus derrière l’œuvre, mais où, pourtant, l’ego est le plus développé, car il faut une persévérance digne des plus grandioses mégalomanies pour passer des centaines d’heures sur un même récit, dans une solitude quasi-absolue, et penser malgré tout qu’au bout du compte, ça intéressera quelqu’un ? Et que tu veux ainsi m’éviter de tomber accidentellement dans une logorrhée sans contrôle où, après quatre brouillons ratés, je risquerais d’ériger un monument à ma propre gloire avec la plus honnête des intentions, ce qui serait peut-être excusable, mais fortement gênant pour tout le monde, sans parler de l’ennui que cela ne manquerait pas de générer ? C’est ça que tu me dis, clavier ? Heureusement que je t’ai compris, dis ! Je suis bien content d’avoir regardé tant d’épisodes de Flipper quand j’étais môme, où les humains comprenaient comme par magie aux couinements du dauphin le fin mot de l’histoire trente secondes avant la fin de l’épisode et réglaient tout d’un coup.

Trente secondes, il se trouve que c’est exactement le temps qu’il me reste pour remercier Dup et Phooka de nous héberger tous collectivement pour ce mois. Car cela me touche beaucoup et me fait très plaisir que nous puissions nous rencontrer et discuter ainsi. Merci !

Et je suis bien content aussi, finalement, d’avoir ce clavier qui couine. J’espère arriver à t’écouter aussi longtemps que possible, copain. Tiens, voilà une sardine !
Hum.
Bien. Super. Non, mais, OK, d’accord.

Maintenant, il y a une sardine sur mon clavier. 






********************









Coucou Lionel, Grand Maître des Océans,



Arf ma question est passée à la trappe sur le sujet précédent, c'est parce qu'elle était trop courte, noyée dans les autres. Du coup je vais faire un gros message ;)



Donc question 1) Quel univers préfères-tu explorer : celui de la Voie de la Main Gauche (Leviathan) ou celui d'Evanégyre ? Et d'ailleurs, à quand des Orques sur Evanégyre ? Ils me manquent !!!



Ensuite, je rebondis sur ta réponse à Amarüel Tribulation, car justement je viens de terminer les deux textes de La Route de la Conquête où l'on aborde cette magie de la mémoire (super idée d'ailleurs, c'est génial). Est-ce que c'est en abordant ces sujets dans ces nouvelles que tu as eu l'idée d'aller encore plus loin avec la Vendeuse ou bien cette notion de Transfert était déjà là dès le départ pour toi ?

C'est en tout cas très beau et triste à la fois.



Finalement je garde mon autre question pour plus tard (on est que le 08 après tout, on va avoir au moins 10 tomes XD)



Lionel



Oups, pardon d'avoir zappé ta question !
Les deux univers ont une approche très différente (même si la Voie de la Main Gauche a tendance à s'"évanégyrer" avec le temps). À la base, la Voie est très centrée autour de l'histoire de Léviathan (à laquelle je projette de revenir, un jour) avec une série et une fin que j'ai déjà. Évanégyre, au contraire, a cette approche modulaire avec de multiples points d'entrée. Donc c'est vraiment très différent, et à cela s'ajoute le fait que je ne suis pas revenu vers la Voie depuis cinq ans maintenant. Mais à mesure que je travaille sur Évanégyre, je commence à considérer d'éventuels récits dérivés, indépendants eux aussi, qui pourraient se greffer sur la Voie.
Je n'ai pas de plaisir plus important dans un cas ou dans l'autre, cela correspond donc plutôt davantage à l'envie et à l'approche du moment. Je suis un mélange bizarre d'intérêts (trop) multiples (pour mon bien) et de fonctionnement terriblement mono-tâche. Donc, j'ai tendance à me plonger au long cours dans un projet (comme en ce moment la trilogie "Les Dieux sauvages", ou "Léviathan" à l'époque) en détestant les distractions, tout ce qui m'en écarte, parce que je deviens obsessionnel-compulsif, mais après, je suis ravi d'aborder autre chose, de me lancer un nouveau défi, pour redevenir obsessionnel-compulsif, mais différemment.


Les orques sur Évanégyre, je ne sais pas. J'essaie d'encadrer au maximum mon inspiration maritime parce que ce serait une solution de facilité de toujours y revenir et de de m'appuyer sur ces symboles. J'aurais en plus l'impression de mêler Léviathan à Évanégyre alors que je veux garder une approche consciemment distincte. Il y aura probablement des bestioles marines, bien sûr. Mais la fantasy me donnera peut-être l'occasion de jouer avec des espèces fictives, du coup ;)


Merci beaucoup pour ton appréciation du thème de la mémoire en filigrane de la Route de la Conquête, je suis très content que les variations sur le motif t'ait plu ! Alors en fait, c'est plutôt l'inverse qui s'est produit. Port d'Âmes (qui ne portait pas encore ce nom) est resté dans mes cartons extrêmement longtemps, parce que je n'avais pas encore assez de savoir-faire, à mon sens, pour servir convenablement cette histoire (les toutes premières amorces de cette histoire datent de 2007 ; le roman maintenant publié a été réécrit aux trois quarts en 2015, une fois que j'ai compris ce que je devais faire, et doit correspondre à la troisième version). Il me semble que, en termes d'écriture, "Bataille pour un souvenir" a été le premier germe de ce thème. Port d'Âmes a suivi et il s'y est trouvé énormément de choses qui ont été codifiées, vitales dans la construction de certaines fondations de l'époque impériale et post-impériale (et m'a aussi donné l'amorce de ce qui devait devenir "Les Dieux sauvages"). Avant même d'avoir écrit une seule histoire, les événements de ma chronologie maîtresse portaient déjà en filigrane cette question du rapport à l'histoire ; mais ce livre a fait émerger cette notion de mon inconscient, m'a montré combien Évanégyre aurait un rapport symbolique récurrent à la mémoire (petite échelle) et à la perspective historique (grande échelle), et m'a donné un outil de narration avec lequel jouer quand cela tomberait bien. Pour la petite… euh… histoire, la phrase de la Vendeuse dans Port d'Âmes où elle dit que la litanie servait autrefois à la communion, à l'échange, était présente dès le tout premier jet il y a maintenant dix ans. Évanégyre se construit beaucoup comme ça ; avec des intuitions, des directions dont je sais qu'elles m'attirent, mais dont j'ignore la réelle teneur avant d'y aller. C'est un peu un processus constant de découverte de ce que mon inconscient veut me voir dire, de ce qu'il structure dans l'ombre sans que je ne le sache. J'ai parfois des surprises vertigineuses, comme quand, à l'écriture d'"Au-delà des murs", des années après "Bataille pour un souvenir", j'ai découvert que le personnage principal du second texte était cité au détour d'une phrase du premier, alors que je n'imaginais pas un seul instant à l'époque que je reviendrais à cet événement. 







Re-Re bonjour Lionel,

Alors pour reprendre notre conversation où tu me parlais de tes auteurs favoris, j’ai été aussi profondément touchée par les princes d’ambre, j’avais 20 ans quand j’ai lu toute la saga, et il y a quelques temps, j’ai voulu les relire, je n’ai pas pu passer le cap des 10 pages … glups ! j’ai trouvé que cela avait profondément vieilli, jusqu'au style que je trouvai bizarre. Alors je n’ai pas insisté de peur d’enlever tous les bons souvenirs et le plaisir que j’avais tiré de cette lecture ! Alors, quand on est auteur et assez philosophe comme toi ! Est ce qu’on s’interroge sur la pérennité de ses écrits ? sur leur devenir ?



Et puis rien à voir avec le pâté ! mais je voulais savoir si tu étais bien au salon de Comper au Centre Arthurien de Broceliande le 22 et 23 juillet, car j’irai peut-être bien faire un tour le dimanche, ca fait un peu de kms de chez moi, mais s'il y a pleins d'auteurs chauves et sympas, en plus de Nathalie Dau qui est annoncée ... ca vaut le coup de faire la route !



Merci d’avance pour les réponses et bonne continuation pour les questions !




Lionel


Je crois que je garderai une tendresse éternelle pour Ambre. Je me demande aussi dans quelle mesure la traduction a pu vieillir. Je relis beaucoup de nouvelles de Zelazny en ce moment, en anglais, et sa langue a énormément d'impact, mais c'est une gageure à traduire tant ses phrases, le choix de ses mots, sont polysémiques. Rien ne vieillit aussi vite qu'une traduction, hélas ; et ce n'est pas la faute des traducteurs, c'est la malédiction de l'exercice.


Sur la pérénnité des écrits : non, je n'y pense pas. Plus exactement, j'ai fait la paix avec cette question depuis longtemps : rien ne me survivra très probablement, et il en va ainsi de l'écrasante majorité de mes camarades, car il en va ainsi de l'écrasante majorité de tous les écrits de toutes les époques. Cela me va très bien, car en fait, je trouve la recherche de la postérité empreinte d'une vanité qui, personnellement, me terrifie. Tous les créateurs ont, forcément, une mesure d'ego qui propulse leur travail et leur permet de vaincre la peur et les difficultés innombrables de l'exercice au quotidien. Mais – et encore une fois ce sont mes réponses, pas celles du voisin, le voisin fait ce qu'il veut –, il me semble que dès que l'on fait passer l'ego avant les autres considérations relatives à la qualité de la création, à l'humilité salutaire que l'on doit avoir face à l'impact nul que l'on aura très certainement, on se trompe de métier, et on se trompe de cible. Pourquoi écrit-on ? Pour être beau dans le miroir ? Pour la reconnaissance ? Je déteste ce terme. La "reconnaissance" de l'auteur. L'auteur n'est rien. L'auteur a écrit des bouquins qui, s'il a vraiment de la chance (car la postérité est aussi une affaire de chance), lui survivront un peu. Mais qu'en sait-il ? Il sera mort : donc soit il n'en saura strictement rien, soit il s'en foutra royalement parce qu'il aura accédé à un niveau supérieur de [insérez votre hypothèse de transcendance ici]. Je pense que l'auteur devrait s'efforcer de contribuer quelque chose à ce qui l'entoure, avec la juste humilité qui consiste à dire : tout ceci sont des histoires, c'est de la littérature, et ça n'est ni plus, ni moins important que toute littérature ; mon travail peut être important, mais il n'est pas tout, et ne sera jamais tout pour personne ; donc autant qu'il ne soit pas tout pour moi, parce que le jour où le réel me rattrapera, tout ce qui arrivera, c'est que je me ferai très mal en découvrant que le reste du monde est très meuuuchant. Alors, autant que je m'épargne ça tout de suite.


Cela ne veut pas dire que l'écrit ne sert à rien. Dans toute époque, en particulier la nôtre où la production de récits est pléthorique, il existe quantité d'auteurs dont le vaste monde n'a pas entendu parler ; dont on lit un, deux livres, sur les cinquante ou plus qu'ils ont produit dans leur vie ; ce sont tous les oubliés auxquels je faisais référence plus haut. Mais qu'est-ce qui compte ? Qu'on se souvienne de vous en tant que personne, ou que vous ayez contribué à la vaste conversation de la littérature ? Les livres qui changent une vie existent, mais ils sont rares ; de plus, ils dépendent éminemment du moment où on les rencontre. La seule espérance réaliste, à mon sens, et déjà une bénédiction immense si elle parvient à se produire, c'est d'avoir pu toucher quelques centaines, milliers de personnes (c'est déjà immense) ; et par-là, de s'être inscrit dans la vaste conversation de l'humanité, d'avoir apporté une toute petite pierre sur un chemin, une pierre qui sera de toute façon très vite anonyme, car une réflexion se construit sur la durée, et elle est faite de centaines, de milliers de pierres, qui sont des films, des livres, des jeux vidéo, des rencontres humaines, des discussions, etc. Pouvoir éventuellement s'inscrire dans ce cheminement, pouvoir être une voix dans la multitude, est déjà un honneur, une chance, une responsabilité. Le nom s'efface, seule la mouvance reste, et elle est composite par nature. Et c'est exactement ce que nous faisons ici ; nous discutons, vous me poussez à réfléchir à la manière la plus claire et la plus honnête de parler de littératures, d'univers, de création, et en retour, je découvre ce qui vous anime, vous interroge, j'appréhende comment vous recevez les livres et le reste; tout ça, c'est contribuer à cette grande conversation de l'humanité. Merci donc d'être là, et merci à Phooka et Dup de l'avoir rendu possible. :)


En un mot, la pérénnité me paraît une dangereuse poursuite, et absurde, car si on la regarde bien, on l'a déjà atteinte dès qu'on a pu toucher une seule personne au-delà de soi. L'art, l'humanité, la création, c'est un océan, et nous ne sommes tous que des gouttes. Toute autre chose est une incroyable bénédiction qui ne dépend pas de nous, et je m'efforce de ne pas me soucier de ce qui ne dépend pas de moi, parce que ça ne sert strictement à rien.


Et alors, le pâté, c'est bon, chauve, c'est la classe, et oui, je serai à Comper ! Donc viens, ça vaut le coup (mais pas nécessairement parce que je suis là, hein). Mon petit doigt me dit qu'un commentaire relatif aux dédicaces se trouve plus bas, j'y reviens donc. :)



Xapur


Salut Lionel !

Toi qui est très geek et décortique beaucoup le processus d'écriture (merci pour tes interventions, masterclasses, articles de blog et autres podcasts^^), comment fais-tu pour garder de la spontanéité et ne pas faire de l'écriture une "mécanique", ou en tout cas que celle-ci soit invisible pour le lecteur ?



Lionel



Merci Xapur, content que cela puisse t'être utile !
Je vois la technique non pas comme une fin en soi mais comme une façon d'élargir la trousse à outils. Et la clé, la finalité à garder en ligne de mire, c'est l'histoire, l'effet, l'émotion ; il vient un moment où la technique doit s'oublier, ou du moins s'internaliser suffisamment pour devenir inconsciente et libérer la créativité. C'est comme en musique ; certains travaillent la virtuosité avec obsession, mais je pense que la virtuosité seule est profondément assommante (et vaine). Ce qui compte, c'est l'effet ; la technique te permet de repousser tes limites et de t'affranchir le plus possible de tes propres contraintes pour réaliser ce dont tu as vraiment envie et ne plus laisser comme barrières que ta volonté et ta persévérance (et non ta compétence pure). C'est ainsi que je la vois ; si je veux jouer un solo compliqué, je peux le faire (ou apprendre à le faire s'il n'est pas encore à ma portée) ; mais si je ne fais que des solos compliqués, c'est fatigant. Quel que soit la discipline, je pense que la technique ne fournit que le savoir-faire – ce qui peut être capital, mais ne reste jamais *que* du savoir-faire. À la base, il y a des envies, des inspirations, des questionnements, et tout ce que te donne la technique, c'est davantage de moyens pour les servir au mieux et, pour te répondre plus précisément, de façon toujours plus invisible à mesure que tu assimiles et domines tes outils. C'est un processus constant ; on en parle dans l'épisode 18 de Procrastination, d'ailleurs, sur le fait que l'apprentissage de l'écriture suit peut-être une courbe en cloche – d'abord, tu apprends à faire et à dire, et ensuite, tu apprends à ne pas dire et au contraire laisser imaginer. Mais je pense qu'on ne peut s'affranchir et dépasser ce qu'on a appris (ce qu'on doit faire, d'ailleurs) qu'une fois qu'on l'a appris. Le plus grand piège de la technique, c'est d'attirer l'attention sur elle-même : regarde ce que je sais faire ! Regarde comme je suis intelligent ! Sauf que ça n'est jamais ça, la finalité ; ça, c'est de la masturbation intellectuelle. La finalité, je pense, c'est de faire toujours mieux, soit de façon toujours plus transparente (pour le lecteur) et avec toujours plus d'aisance (pour soi), ce que l'on ambitionne de faire. 











Merci Lionel pour toutes ces informations qui me permettent d'avancer ;) à tous niveaux, et je te vois bien en bonze bouddhiste sur un prochain salon lol :p



Lionel



Avec plaisir !
Par contre, le safran ne me va pas du tout. :p





Zina 



Bonjour Lionel,

Je viens de découvrir ton univers pour la première fois avec Port d'âmes, et ce que j'en ai vu m'a vraiment donné envie d'en découvrir plus. J'ai d'ailleurs vraiment trouvé Aniagrad intéressante, et je me demandais si tu pensais y revenir un jour ? (ou si tu y es déjà venu, étant donné que je n'ai pas encore lu tes précédents livres).

Amarüel m'a piqué ma question sur la chronologie d'Evanégyre, mais ta réponse m'a interpellée sur un point : tes livres ne suivent pas de chronologie linéaire, pourquoi avoir voulu retourner dans le passé avec La messagère du ciel ?

D'autre part, Port d'âmes m'a rendue très curieuse de l'empire d’Asrethia et de ses anges, mais si j'ai bien compris ceux-ci n'apparaissent finalement que très peu dans tes écrits, même dans les 2 premiers romans, c'est bien ça ?

Merci à toi !




Lionel



Merci beaucoup Zina, content que tu aies apprécié ton voyage dans les ruelles troubles d'Aniagrad !
Hmm. Je ne vais pas spoiler, mais Aniagrad est évoquée ailleurs dans ce qui est publié, quoi qu'en passant, et de façon un peu oblique. Le problème avec les villes anciennes, c'est qu'elles peuvent changer de nom, et le problème avec les cataclysmes, c'est qu'ils changent la géographie… ;)
Oui, je compte tout à fait y revenir. Je ne sais pas du tout quand ; mais j'ai très envie d'en parler davantage, tant de son passé (et de sa fondation) que de son avenir après Port d'Âmes. Cette ville est un pivot de beaucoup de choses, avec une histoire très complexe, qui a muté, changé, évolué au fil des… millénaires ? :p


Pour la chronologie, comme les livres ne suivent pas de progression linéaire, justement, cela me permet d'aborder la séquence par n'importe quel bout et d'aller où et quand je veux, selon le projet qui me semble le plus mûr, le plus intéressant à ajouter à ce qui existe déjà et qui me présentera un défi qui me fait envie. Je disais plus haut que l'envie des "Dieux sauvages" est née en 2007 au moment des premières versions de Port d'Âmes ; mais je savais que, d'une, il me fallait d'abord installer l'univers pour les lecteurs, pour qu'ils me fassent confiance sur ma capacité à conduire ce projet à terme ; de deux, je n'avais pas du tout la compétence d'écriture nécessaire à l'époque pour jongler avec un truc aussi vaste. De manière générale, je vois un peu Évanégyre comme un set de DJ. Dans le cadre d'un livre donné, mais aussi d'un livre à l'autre pour les lecteurs qui lisent tout dès la sortie, je m'efforce de proposer ce qui me semble pertinent en terme de nouveauté, d'ambiance, de variation ; une sorte de voyage. Par exemple, après La Route de la Conquête, je tenais absolument à retravailler et finir Port d'Âmes pour montrer qu'Évanégyre, ce n'était pas juste l'Empire (une seule ère parmi cinq), ni des récits de guerre steampunk ; qu'il y avait bien d'autres choses, et que cela ferait sens sur la durée. Cela a surpris certains fidèles de l'univers, c'est vrai, mais quand je vois votre enthousiasme (et le tien) alors que vous découvrez pour certains ce récit, je suis content car cela montre que c'était bien la chose à faire : Évanégyre est bien plus vaste. Et maintenant, comme je disais dans une des réponses précédentes, cela me permet de déclarer, non pas : lisez Évanégyre comme une série, mais : Évanégyre est un monde, et le premier livre pour commencer dépend totalement de vos goûts et inclinations, parce qu'il s'y passe des (maintenant) dizaines d'histoires différentes de toutes tailles et de toutes envergures, et c'est vraiment ce que je veux arriver à faire : m'efforcer d'appréhender toute l'insondable complexité du monde (donc, en vain) à travers un autre, qui me dépasse de plus en plus d'ailleurs.


Les Anges ne sont donc abordés en effet que dans une seule nouvelle à l'heure actuelle, "Le Guerrier au bord de la glace" dans La Route de la Conquête. En fait, il me vient à l'instant qu'on les mentionne aussi (sans les voir) dans "Le Plateau des chimères" paru (et seulement disponible actuellement) dans Fées et Automates, l'anthologie des Imaginales de 2016. Par contre, La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête traitent en effet tous deux de l'époque impériale au sens large. 






Ramettes 



Bonjour, j'ai appris par un message de Laurent Whale qu'il venait au Barcares à un festival du polar et du livre d'aventure. .. en cherchant des info j'ai vu apparaître le nom de Lionel Davoust. .. alors ma demande est la suivante. .. amis auteurs quand c'est votre mois de... donnez les dates des salons à venir ! Qu'on puisse prévoir. ..


Lionel


Je crois que nos gentilles organisatrices ont reçu le message et n'y manqueront pas par la suite :) Pour ma part, j'aurais trouvé inconvenant de dire, alors qu'on discute tranquilles, presque intimement, au coin de feu : "ET AU FAIT VENEZ TOUS ME VOÂR je suis en tournée mondiale de la France, voici les dates" :) Mais merci Ramettes, et content que tu aies pu te joindre à nous le week-end dernier !

Alors du coup, comme Licorne le mentionne, je serai à Comper. De manière générale, qu'il soit dit que mon agenda est toujours tenu scrupuleusement à jour sur le site, directement à cette adresse : http://lioneldavoust.com/agenda





Ramettes



Bonjour

Merci j'ai passé un excellent week-end entre autre grâce à notre rencontre (sans parler de Laurent et Olivia) au Festival du polar et livre d'aventure du Barcares. Question

Tu fais souvent des salons avec Laurent Whale ? Vous formez un duo terrible ! Vous désirez toujours comme ça où c'était de voir la plage et de devoir rester à Bord de la croisière s'amuse.

Comment fais tu pour te remettre au travail au retour ? Avec ou sans coup de soleil.

Comment as-eu eu vent de cette 2e édition?





Lionel



Aaaah c'est super ! Nous aussi, on était très contents de vous rencontrer toutes les deux ! 
Oh, voui, nous désirons beaucoup. :p Ah ! Délirer ! Je crois que oui :) Nous sommes tous les deux chez Critic de très longue date, et donc des camarades de salons, dédicaces, et plus généralement de l'imaginaire depuis longtemps ! On partage les plaisirs, les joies et les difficultés du métier, et évidemment les moments "off", ce qui forge des amitiés au long cours. Et puis Critic est aussi une grande famille, où nous avons un peu tous à la fois la même passion pour la littérature et le même genre d'humour pourri. C'est la combinaison gagnante. :p 



Je n'ai pas de coup de soleil, merci beaucoup : je l'ai évité avec succès pendant tout le week-end :p Pas trop de difficulté à me remettre au travail parce que j'ai pris l'habitude d'écrire tous les jours, un peu quand je suis en salon ou en vacances (mais tous les jours, sans faute, quelle que soit l'heure), beaucoup (évidemment) les jours normaux, ce qui fait que je ne déconnecte jamais de mon univers et de mes personnages (et c'est le but). L'écriture est un muscle et je ne veux jamais m'arrêter parce que, comme pour l'exercice physique, c'est toujours douloureux de s'y remettre – et en plus, plus on pratique, plus on veut pratiquer. Je suis dans ce cas, cette simple habitude m'a forgé une merveilleuse addiction à l'écriture et ne pas toucher mon histoire du tout pendant la journée me crée une sorte de manque. (Après avoir dû lutter contre la peur et la procrastination des années, je suis ravi.) Si ça t'intéresse, j'en ai parlé tout récemment en détail ici http://lioneldavoust.com/2017/la-seule-habitude-indispensable-toute-pratique-creative/




J'ai eu vent de ce festival à travers le Centre Méditerranéen de Littérature, qui m'avait fait venir à quelques-uns de ses événements quand j'étais étiqueté thriller avec Léviathan ; avec la mise en avant de la fantasy à Barcarès, ils m'ont proposé de venir. Un festival sur un bateau ? Au bord de la mer ? What's not to like ? :)